Chroniques du Hellfest 2015 – Volume 3

Par Scred | le 22/07/2015 | Les autres articles sur le Métal

Coup(s) de Vieux
Bon, quand faut y aller, tu connais la suite… Dernier jour de festival, dernière plongée annuelle dans l’enfer qui pourtant ressemble tant au paradis sur terre pendant ces quelques jours de répit qui n’en sont pas vraiment tant tellement qu’on donne de sa personne ! C’est un peu ça le Hellfest, en résumé, les vacances les plus crevantes que tu puisses imaginer ! Tu rentres chez toi en miettes, métaphore d’autant plus judicieuse lorsque tu commences à être un vieux croûton, mais tu en redemandes !
Chroniques du Hellfest 2015 – Volume 3 Surtout lorsque le groupe chargé d’entamer ta journée n’est autre que Red Fang. Le groupe de Portland s’est vu offrir les honneurs de la Main Stage cette année et ce n’est que justice. Délivrant un Stoner rock inspiré, ils font mieux que chauffer la foule déjà nombreuse en cette heure presque matinale pour le métalleux qui a déjà 48h de n’importe quoi dans les jambes, le cerveau et le foie ! D’autant plus que Dark Tranquility qui enchaîne juste après est, comment dire, un peu en dessous…

La faute au son abominable qui empoisonne le début du (court) set des Suédois qui ont vu leurs rangs renforcés par un nouveau bassiste, mouais. Ce serait bien si on l’entendait, ledit bassiste ! Quelques réglages plus tard et tout rentre dans l’ordre, un peu (trop) tard malheureusement. Mais qu’importe, l’ambiance est là, Mikael Stanne envoie du bois pour compenser et ça passe allégrement la barre (de rire, l’ami Stanne ne se départissant jamais d’un sourire sincère).

Changement d’ambiance justement, puisque c’est l’heure pour Hollywood Undead de monter sur scène. Voilà un groupe que j’attendais avec impatience, parce que complètement hors normes. Du hip hop gonflé au métal, avec une attitude punk typiquement californienne, le genre doigt tendu avec le sourire, moi j’aime bien. Les mecs débarquent masqués comme à leur habitude mais très vite commettent leurs méfaits à visage découvert, dégomment une excellente version du « Folsom Prison Blues » de Johnny Cash et sèment leur zone sur un « Everywhere I Go » aux petits oignons, excellent !

Je me laisserai bien tenter par un petit retour aux sources en compagnie d’Exodus mais j’ai un rendez-vous d’importance avec l’une de mes idoles adolescentes, j’ai nommé Didier Wampas ! Tu parles d’un retour aux sources, c’est plutôt une cure de jouvence qui m’attend ! Je vous réserve pour plus tard ses confidences croustillantes (ou pas d’ailleurs, le mec est tellement cool que je passerai sous silence quelques conneries qu’il m’a dévoilé juste parce qu’il se sentait à l’aise, ben oui, j’suis comme ça.)

Restons dans la même veine cependant, c’est l’heure d’aller se ressourcer auprès des Ramoneurs de Menhirs, qui ça ? Rien moins que le nouveau groupe de l’ami Loran, ex- Bérurier Noir ! Merde, les Bérus, si tu savais toi qui lit ces lignes… Nos vrais punks, LE seul groupe français à pouvoir revendiquer ce mélange de révolte authentique, de conscience sociale, le tout mélangé avec un vrai esprit de déconne. Attends, Bérurier quoi ! Si t’as pas lu San Antonio, t’as raté ta vie, pas besoin d’une Rolex espère ! Mais je diverge (ce qui est énorme quand on y pense).

Les Ramoneurs de Menhirs donc. Ben c’est du Béru avec une cornemuse quoi. Mortel. Pour ceux que ça concerne… Ce qui fait un max de monde, je peux te le dire ! La Warzone est prise d’assaut par une foule qui connaît ses classiques ! Je pourrais disserter des heures sur les Bérus, ce qui est paradoxal mais tant pis… Parce que les mecs sont passés à autre chose, tant mieux pour eux, toujours est-il que le public qui s’est massé devant la scène savait ce qu’il faisait.

Pas le temps de s’appesantir sur une jeunesse morte et enterrée, il est temps d’aller évacuer toxines et mauvaises pensées auprès d’Eyehategod, les fils maudits de la Nouvelle Orléans.

Et quand je dis maudits, je pense surtout à Mike Williams, hurleur en chef d’Eyehategod qui fait clairement peur lorsqu’on le voit débarquer sur scène, tout le contraire d’un Jimmy Bower hilare et manifestement dans un état proche de la Louisiane ! Il faut dire qu’il en a bavé Williams, entre sa désintoxication forcée en prison, ses divers avatars post-Katrina, le mec fait dix ans de plus que son âge… Mais quelle colère. Quelle violence absolument pas contenue ! Le set d’Eyehategod est plus qu’à la hauteur de leur réputation, il la surpasse ! On se prend un titre comme « New Orleans Is The New Vietnam » dans les dents et on SAIT que chaque mot est sincère ! Du grand art…

Pendant qu’Alestorm fait ramer son public (littéralement) afin de permettre à un bateau pneumatique de faire du crowdsurfing, une image rare que seul le Hellfest peut nous offrir, c’est un Max Cavalera en forme olympique qui vient enflammer la Main Stage 1 avec Sepult… Enfin Cavalera Conspiracy quoi ! Quoi qu’il en soit, c’est toujours un plaisir de revoir le brésilien hystérique dans de bonnes conditions physiques, le bonhomme nous avait fait un peu peur il y a quelques années… Le petit medley « Beneath The Remains/ Desperate Cry/ Dead Embryonic Cells » fait un bien fou, surtout après un tandem idéal « Refuse/Resist/Territory », qu’on se le dise, le cap’tain Max est toujours maître à bord.

En parlant de patron, que dire du bien nommé George « Corpsegrinfer » Fisher, l’impressionnant vocaliste de Cannibal Corpse ? Que l’on aime ou pas leur musique (je me rangerai plutôt dans la seconde catégorie, autant te l’avouer tout de suite), on ne peut qu’être scotché par le déferlement de violence et de puissance qui se dégage du groupe sur scène… Pour un peu, ça foutrait les jetons.Du coup, la transition avec le doux minois (entre autres) de Simone Simons d’Epica n’en est que plus drastique ! Bienvenue au pays des contrastes ! Fort agréable cependant, le set d’Epica nous permet de nous poser si ce n’est en douceur, tout au moins en élégance. Et de reprendre des forces.

Car ce qui nous attend par la suite va nécessiter un léger surcroit d’énergie ! Imagine, rien moins que les deux têtes d’affiche du légendaire « Family Values Tour », Limp Bizkit et surtout Korn ! Tout du moins c’est dans cet ordre là que je les place dans mon petit panthéon personnel… Grave erreur, car c’est bel et bien la bande de Fred Durst qui va emporter la timbale ce soir !

Arborant une barbe à la Zac Brown, le chanteur de Limp Bizkit n’a pas son pareil pour se mettre une foule dans la poche et c’est ce qu’il fait en moins de deux avec un « Full Nelson » tonitruant ! Suivent quelques uns des titres les plus marquants de la carrière du groupe émaillés de reprises diverses, l’énigmatique Wes Borland semblant s’amuser à revisiter les classiques qu’il aimait jouer tout seul devant son ampli dans sa chambre d’adolescent, enfin c’est à cela que ça ressemble et c’est assez marrant ! Jusqu’à une version tellurique du « Killing In The Name » de Rage Against The Machine… Certes c’est facile, ça marche à tous les coups, encore faut-il assurer, ce qu’ils font.

Le temps d’aller croquer un burger (une fois encore, chapeau bas à l’ensemble des restaurateurs présents sur le festival, pas une seule déception à l’horizon), d’écouter quelques morceaux du Black/Death inspiré des suisses de Triptykon et c’est l’heure d’aller se remémorer ses baggy trousers déchirés en compagnie de Korn qui nous offre ce soir l’intégralité de leur premier album en live à l’occasion du vingtième anniversaire de celui-ci ! Dès l’intro de « Blind », on sent qu’il se passe quelque chose… Les mecs ont l’air heureux d’être ici, le public répond au quart de tour, « Ball Tongue » enchaîne avec une furie malsaine comme si les premiers hululements de Jon Davis dataient d’hier, bref, tout va bien ! Sauf que, une fois de plus, la sono décide de faire des siennes et saute sur « Need To ».

Un frisson parcours la foule, on connaît la susceptibilité de la bande de Bakersfield quant aux problèmes techniques, vont-ils tout plaquer ? Que non, et c’est reparti pour un tour, nous donnant le sentiment qu’aucune de leurs titres cultes n’ont vieilli, à l’image de « Divine », « Faget » ou encore « Shoots & Ladders » qui signe le retour de la célèbre cornemuse qui avait fait tant parler d’elle à l’époque…

C’est malheureusement le moment pour moi de décrocher puisqu’il est un rendez-vous au Hellfest que je ne raterai pour rien au monde, le même à chaque fois, au même endroit, le Phil Anselmo annuel ! Il faut savoir qu’au Hellfest, il n’est pas possible pour le même groupe de revenir deux éditions de suite… Phil Anselmo a trouvé la parade, avec le nombre impressionnant de groupes et de side projects qu’il se trimballe depuis Pantera (Down, Superjoint Ritual, Arson Anthem, The Illegals, etc.), il trouve toujours le moyen de se caser dans la programmation !

Et c’est tant mieux car c’est bien souvent le clou rouillé du festival, la cerise périmée sur le gâteau oublié dans le frigo, un pur moment punk sans concessions et foutrement jouissif. Ce coup-ci, c’est Superjoint Ritual qui s’y colle, du bon hardcore des familles pratiqué avec fougue par un Phil Anselmo en pleine forme, toujours prolifique en vannes entre chaque morceau et épaulé par son compère Jimmy Bower (Down, Eyehategod) qui ne boude pas son plaisir pour sa seconde prestation de la journée ! Le groupe nous offrira la quasi totalité de leur premier album (« Use Once & Destroy - 2002 2002) dans une ambiance délirante, à la hauteur du dixième anniversaire du Hellfest, un anniversaire qu’Anselmo s’emploiera à célébrer plusieurs fois, réaffirmant son attachement sincère à notre cher festival clissonnais.

Nous profitons du set de Nightwish pour tirer notre révérence avant que le gros du public n’encombre les routes du retour, des images plein les mirettes et les oreilles endolories, mais c’est pour la bonne cause… Et une année de plus en moins ! Un grand merci et de chaleureuses félicitations à Ben Barbaud pour avoir cette fois encore assuré comme personne, son festival est de très loin le plus excitant de l’hexagone et ce n’est pas près de changer. Merci également aux équipes de Replica Records/Promotion pour leur travail incroyable, Roger Wessier et Olivier Garnier en tête, ainsi qu’à vous tous, lecteurs fidèles que nous avons croisé (ou pas) sur le champ de bataille, rendez-vous dans un an !


Photo
© P.Cremin - www.blackstage-photography.com


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