Chroniques du Hellfest 2015 – Volume 1

Par Scred | le 25/06/2015 | Les autres articles sur le Métal

American Psychos
Un petit air de « joyeux anniversaire » trotte dans ma tête au moment où je franchis les grilles de cette dixième édition du Hellfest, dix ans déjà ? Qui l’aurait cru lorsque l’ami Ben Barbaud a lancé le truc à l’époque ? Entre les galères du Furyfest (brouillon punk de ce qui deviendra le Hellfest), les changements de sites à répétition, les râleurs locaux, les problèmes inhérents à chaque festival (annulations de dernière minute, soucis techniques) et plus récemment les tentatives de sabotage d’une poignée de décérébrés du goupillon, c’était pas gagné d’avance.
Chroniques du Hellfest 2015 – Volume 1 Pourtant il l’a fait, lui et toute son équipe dévouée corps et âme à une juste cause, affirmer que notre musique, notre communauté, notre passion a droit de citer, d’exister et de s’épanouir dans de bonnes conditions… Et quelles conditions ! Tirant les leçons de la précédente édition, c’est un superbe gazon verdoyant qui accueille les festivaliers, fini le nuage de poussière omniprésent de l’an passé ! Car la météo est au moins équivalente, après des années de douche écossaise et de boue, c’est le grand beau deux ans de suite ! On a peine à y croire…

Du coup, pour fêter ça, une petite mousse rafraîchissante en main, je m’en vais inaugurer la Warzone avec les excellents Lion’s Law, gang de skinheads parisiens à la réputation sulfureuse car à peu près contre tous et tout le monde ! Ni fachos, ni cocos, juste rebelles, les mecs envoient une Oï des familles qui fait plaisir et fout un peu la trouille… Rien à voir avec les copains des Sticky Boys qui inaugurent la Main Stage 1 ! Nos Airbourne français font belle figure devant une foule qui commence à arriver petit à petit, intrigués par leur rock millésimé et immédiatement attractif ! Ces mecs là iront loin, je vous le dis…

C’est déjà l’heure d’aller casser la graine, et c’est donc un sandwich au magret de canard en mains que je vais applaudir les vétérans de Vulcain, toujours aussi sympas, toujours aussi bruyants, fiers représentants d’un rock/métal eighties à la française. Allez donc rendre visite à l’ami Puzio dans son magasin « Backline » à Pigalle, ça lui fera plaisir !

Et dans la série des vieilles gloires des années 80, voici que s’avancent les Quireboys ! Si on m’avait dit que j’aurai la chance de voir en live « les nouveaux Guns n’ Roses » (enfin c’est ce que proclamait le sticker sur la pochette de leur album à l’époque), et bien je… Mouais, rien en fait ! On sent que les mecs en ont pris un petit derrière le crâne à un moment de leur carrière… Reste que leur rock californien est fort honnête, on passe un bon moment, le soleil nous chauffe la peau, que demander de plus ?

Un peu de folie peut être, ce que vont nous offrir les suédois de Truckfighters ! Quoi ? Du Stoner scandinave ça existe ? Non seulement ça existe mais c’est plus qu’excitant ! Du micro grave à foison, une bonne fuzz cradoque, les gars n’ont rien à envier aux cadors du genre made in USA ! C’est également l’occasion pour nous de constater que la Valley a légèrement augmenté de volume, tous comme les scènes du Temple et de l’Altar, enfin séparées dans deux tentes distinctes. Bien joué.

Tout comme les californiens d’Orchid et leur rock psychédélique aux frontières du Sab’ et des premiers Judas Priest… C’est lugubre, ça prend aux tripes et le public venu se presser à la Valley en prend plein des dents ! Leur album « The Mouths Of Madness » est à découvrir d’urgence ! Mais en parlant d’urgence, c’est déjà l’heure d’aller assouvir un vieux rêve d’adolescence…

Car les enfants, c’est Billy Idol qui s’apprête à prendre d’assaut la Main Stage 1 ! THE Billy ! Le mec était très en forme lors de sa conférence de presse (consacré en majeure partie à sa récente autobiographie), ça promet un concert gigantesque, à la hauteur du personnage ! Le problème avec la hauteur en question, c’est que quand on tombe, ça fait mal… Malgré une bonne volonté évidente, une belle énergie (du désespoir ?), ça ne tient pas la route. Steve Stevens ressemble à une vieille grand-mère maniérée, enchaine les pains et la voix de Billy est restée coincée quelque part entre 1985 et 1995… Triste.

Presque aussi triste que l’annulation de dernière minute d’Anthrax, remplacés haut la main par Sodom cependant, pour notre plus grand plaisir ! Les thrashers allemands ont beau ressembler à de vénérables druides, ça envoie le bois ! Et permet d’attendre sereinement l’arrivée des tauliers, Motörhead, venus défendre leur nouvel album, « Bad Magic », à paraître prochainement. Las, c’est une nouvelle déception… Lemmy a dramatiquement maigri, laisse le micro à Phil Campbell entre les chansons pour s’adresser au public et malgré quelques bonnes surprise dans leur setlist (« Damage Case », « Metropolis », « Orgasmatron »), c’est une impression de fin de règne qui envahit le public.

Mais voilà, on l’aime notre Lemmy, alors on pardonne tout, surtout quand manifestement il fait ce qu’il peut… Néanmoins, préparez les chrysanthèmes, ça ne sent pas bon du tout cette histoire.

Heureusement, la relève est présente et parfaitement incarnée par Lamb Of God, première énorme claque du festival ! Randy Blythe n’a pas son pareil pour prendre une foule par les tripes et la retourner comme bon lui semble ! Douze titres, une setlist parfaite en forme de coup de poing au plexus (« Ruin », « Now You’ve Got Something To Die For », « Redneck », « Laid To Rest »), une interaction avec le public ininterrompue, manière de montrer que le groupe prend son pied autant que les festivaliers, rien à dire, c’était parfait, merci les gars !

Tout comme l’ami Alice Cooper dont le personnage semble être resté suspendu dans le temps… Affable et théâtral, il se promène dans son univers comme le regretté Christopher Lee le faisait dans son château des Carpates, enchaînant les classiques extraits de plus d’une dizaine d’albums et les mises à mort avec un sourire mauvais aux lèvres ! C’est donc le cœur brisé que je m’arrache à ce spectacle tragicomique pour aller profiter un court instants de mes sudistes chéris de Mastodon, qui délivrent un set essentiellement orienté autour de leur dernier album en date « Once More ‘Round The Sun », la bave aux lèvres et les guitares en avant. Épuisant et revigorant !

Pas le temps de souffler puisque Satyricon enchaîne directement sur la scène du Temple, enflammant les fans avec leur Black Metal épique et mélodique (« Diabolical Now », énorme moment pendant « Mother North »), très loin des clichés du genre et tout en puissance et en élégance ! Le petit souci, avouons le, c’est qu’après une heure à ce régime, la transition avec Judas Priest est un peu, comment dire… Compliquée !

Pourtant, Rob Halford et ses compères s’en tirent mieux qu’avec les honneurs ! Le « God Of Metal » hurle avec la même précision qu’il y a vingt ans (et plus), « Painkiller » fait toujours autant mal, « You’ve Got Another Thing Coming » touche au but sans sourciller, « Hell Bent For Leather » n’a pas pris une ride bref, le Priest en live vaut son pesant de clous! Et fait office de parfaite introduction pour un autre clou, celui de la soirée, j’ai nommé Slipknot.

Et alors là pardon… Slipknot en concert, c’est une leçon de scène. Si l’aspect théâtral des masques (de plus en plus macabres) est bien présent, il ne prend jamais le pas sur la qualité de la musique du groupe de Des Moines, la présence charismatique de Corey Taylor et des autres d’ailleurs car, rappelons le, Slipknot c’est une bande de mousquetaires. Certes, Taylor en est le frontman mais si l’ensemble en met plein les gencives, c’est bien grâce à cette unité absolument pas feinte qui se dégage du groupe lorsqu’il prend possession de la scène.

Et la musique donc, parlons en ! Naviguant avec aisance entre les titre les plus marquants de leur dernier album (« Sarcastrophe », « AOV », le génial « The Devil In I ») et les classiques comme « Before I Forget », « Duality », « Eyeless » et l’obligatoire « Spit It Out », sans parler du rappel nucléaire composé de « ((sic)) » et de « Surfacing », Slipknot a mis tout le monde d’accord… Et tant pis pour les esprits chagrins qui trouvent que les mecs se sont vendus, pour votre serviteur, ils resteront la plus grosse sensation de ce premier jour de festival !



Photo
© P.Cremin - www.blackstage-photography.com
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