Chroniques du Hellfest 2014 - Volume 3

Par Scred | le 08/07/2014 | Les autres articles sur le Métal

Jour des Saigneurs
Déjà Dimanche, la messe (noire) est presque dite et curieusement on a encore la pêche ! L’expérience ça, les enfants… Et puis ce soleil qui ne se décide pas à nous quitter, on fait le plein de vitamines D, je vois que ça ! De plus, le programme de la journée est relativement peu chargé, comme un dernier week end de vacances avant de plier les gaules, on va pouvoir prendre son temps et flâner sur le site en sirotant quelques boissons à base de houblon, pas de stress quoi !
Chroniques du Hellfest 2014 - Volume 3 A propos du site, rendons hommage aux organisateurs pour avoir su tirer les leçons du passé. Si les stands de merchandising sont toujours pris d’assaut dès l’ouverture des portes, les stocks étaient au rendez-vous. Au niveau restauration, pour peu que l’on choisisse le bon horaire, il y a du choix et de la qualité (avec toujours les excellents stands de « La Tartine De l’Enfer » et les immanquables « Organic Food » et leurs crêpes au salidou !).

Côté Extreme Market, on a également passé la vitesse au dessus puisque c’est presque un village en soi qui attend le festivalier avec une place centrale et une foule de shops organisés de manière rationnelle et pratique. Au menu, disques rares, T-Shirts en pagaille et même stands de maquillage et plus si affinités puisque le très inquiétant (et étrangement magnétique) Father Sebastian, vampire de son état, nous faisait l’honneur de sa présence.

Mais bon, assez causé chiffons, retournons à ce qui nous intéresse en premier lieu, la musique ! Et cela commence avec Lofofora, nos vétérans français qui ouvrent leur set plein pot avec leur classique « L ‘œuf » ! Ah bon. Certes, l’horaire est quasi matinal mais tout de même, on aurait plutôt pensé à celle-là pour clore les débats. La suite nous expliquera pourquoi, puisque le groupe, en pleine promo de leur nouvel album, assènera au public trois nouvelles chansons sur un total de huit ! Moyen. Mais passons.

Crowbar ne prendra pas ce risque. La bande de Kirk Windstein ne fait pas de détail et envoie ce que la foule demande, un sludge sans concessions aux racines encore trempées par la moiteur des bayous de la Nouvelle Orléans et des titres connus (« Conquering », « All I Had (I Gave) », « Planets Collide »). Une bonne décharge d’adrénaline propre à chauffer l’ambiance pour Powerwolf, première incursion grand guignolesque de la journée.

Il faut dire que les allemands ne passent pas inaperçus, avec leur maquillage de morts-vivants et leurs textes à base vampires assoiffés de sang et de loups-garous, le tout déclamé sur un power métal millésimé par un chanteur au lyrisme vocal tout à fait impressionnant ! Trois quarts d’heure de set où Attila Dorn et sa bande survolent leurs dix années de carrière qui laisseront un très bon souvenir aux festivaliers dont beaucoup en auront profité pour découvrir ce groupe, et c’est bien là le principal intérêt d’un festival comme le Hellfest.

La journée se poursuit dans un calme relatif, suivant que l’on décide d’aller déprimer sur le néo Grunge de Seether, rigoler devant les envolées symphoniques d’Angra (!), soulever de la poussière en écoutant Tagada Jones (toujours pas aux fraises, ok elle est facile) ou encore découvrir le Stoner sympathique des sudistes de Black Tusk, tout ceci ayant pour objectif de nous chauffer avant l’arrivée des premières « grosses pointures », en l’occurrence Alter Bridge.

On aura d’ailleurs croisé pas mal de T-Shirts arborant le logo de Creed en déambulant dans les allées du festival, un fait assez symptomatique de l’intérêt suscité par Alter Bridge (ou rappelons le, Creed feat. Myles Kennedy). Du rock carré, bien foutu, décliné sur une heure de concert avec conviction en piochant surtout dans le matériel de leur second album « Blackbird » et du dernier en date « Fortress », peut être inspiré du film du même nom, feat. Christophe Lambert. Ce qui expliquerait pourquoi l’affaire ne m’excite toujours pas… Passons.

Oui, passons car de vieux amis sont en train de débarquer sur la Main Stage 2 ! Annihilator s’il vous plait ! Les légendes du Thrash canadien, qui ont bercé notre adolescence avec le cultissime « Alice In Hell » et fêtent cette année leurs trente ans de carrière ont bien compris comment se mettre le public dans la poche… Égrenant les chansons phares de leurs trois premiers opus, ils jouent la carte de la sécurité et c’est exactement ce que l’on était en droit d’espérer, surtout lorsqu’on se pointe avec quatorze albums au compteur ! Bien joué.

Venus de Californie pour remplacer Megadeth haut la main, les revenants de Dark Angel auront quant à eux pour lourde tâche de soutenir la comparaison avec le boucan infernal qui s’échappe de la tente de l’Altar lorsque The Black Dahlia Murder prend possession de la scène… Thrash brutal contre Death velu, je décide d’aller me resservir une mousse parce que l’une de mes affiches favorites du jour ne va pas tarder à sortir des ténèbres sur la Main Stage 1.

Ahhh… Behemoth. Tout un poème ! Rassuré sur l’état de santé de Nergal qui se relève à peine d’une leucémie, excusez du peu, le public est venu nombreux soutenir les coups de boutoir tout en noirceur du groupe polonais. Votre serviteur se dit d’ailleurs qu’il aurait mieux fait de penser à ses bouchons tant les vibrations malsaines de titres comme « Blow Your Trumpets Gabriel », « Conquer All », « Ov Fire And The Void » ou encore « Chant For Eschaton (miaou !) 2000 » vont laisser des séquelles ! Alternant titres lents et orgies de violence débridées, Behemoth va signer là l’une des performances les plus marquantes du festival, un hybride Black / Death Metal illuminé (façon de parler) par la présence scènique de Nergal qui communique en permanence avec la foule, nous rappelant qu’au delà de l’aspect théâtral du groupe, il y a des mecs derrière les instruments.

Un dilemme de plus va suivre cette avalanche de décibels, va-t-on rester dans l’obscurité avec Paradise Lost ou retourner dans la lumière avec Soundgarden ? Ayant une interview à faire, je me dois de faire l’impasse à contre cœur, revenant dans la mêlée au moment où Emperor accompagne la tombée du jour… Encore des fantômes du passé ! Et qui auraient dû le rester… Au delà de l’idéologie douteuse de ses membres, disons-le carrément, la musique d’Emperor n’a aucun intérêt réel, à part peut être celui de pouvoir déboucher les toilettes si on place une enceinte près de la cuvette. Du coup, hop, une petite tartine au cantal histoire d’attendre la grosse légume du jour, Black Sabbath !

Ozzy doit détenir avec Phil Anselmo le record de participations au Hellfest. J’ai un sentiment étrange de déjà-vu, pas désagréable au demeurant ! Et puis cette fois-ci, c’est le Sab’ alors… Alors on est indulgent, comme toujours avec le bonhomme. Oui certes, si le timbre est toujours là, la précision du chant lui échappe un peu (euphémisme). Oui certes, les gesticulations arthritiques et le sourire niais plaqué sur le visage, cela peut parfois être un peu, comment dire… Embarrassant ? On pourrait continuer des heures. Il reste que nous sommes en train d’écouter Black Sabbath, père fondateur du heavy metal, Tony Iommi, Geezer Butler tout ça ! « War Pigs », « Black Sabbath », « Iron Man », « N.I.B », « Children Of The Grave » quoi !

Dis-moi que tu l’as pas ressenti ce petit frisson lorsque Iommi entame l’intro de « Sabbath Bloody Sabbath » pour enchaîner sur « Paranoid », mmh ? Et même que les chansons du nouvel album (« God is Dead ? », « Age Of Reason ») sont vachement bien aussi ! Alors bon, voilà, on se calme sur les vannes et on en profite pour prendre son pied parce que, d’une part c’est peut-être la dernière fois (mais je n’y compterais pas, sacré Ozzy, eh, eh) et d’autre part on a déjà vu (et entendu) bien pire, je tairais les noms, n’insistez pas, Mötley Crüe c’est du passé, et merde…

Je regarde mon programme et… Et ben voilà, on y est. Dernier concert du festival, et non des moindres, Opeth soi-même. Mika Akerfeldt et son humour à froid qui nous remercie d’être venus tout en ajoutant qu’il sait bien que ce n’est que parce que il n’y a plus rien d’autre à voir ! Ce qui n’est pas totalement faux, et en même temps pas vrai du tout puisque chaque personne présente devant la scène, toujours debout après trois jours intenses, sait parfaitement pourquoi il (ou elle) est là. Pour applaudir l’une des formations les plus inventives et talentueuses des vingt dernières années, tous styles confondus, point à la ligne, nouveau paragraphe.

Parce qu’une petite heure d’Opeth, même après un marathon de métal ininterrompu de soixante douze heures, ça ne se rate pas. Et pour cause ! Ouvrant le feu tout en élégance avec « The Devil’s Orchard », le groupe suédois va piocher dans les meilleurs moments de sa (déjà) longue carrière, alternant le chaud (« Heir Apparent », « Demon Of The Fall ») et le froid (« Hope Leaves ») avant de chatouiller les étoiles avec le sublime « Deliverance » pour conclure sur le désormais traditionnel « Blackwater Park », quoi c’est déjà fini ?

Et oui, il faut déjà songer à retrouver sa bagnole dans le maelström qui nous attend à la sortie, un peu engourdis par trois jours d’émotions fortes à géométrie variable, épuisés mais heureux d’avoir traversé l’épreuve et tel Thésée, d’en être ressortis entiers, des souvenirs plein les mirettes ! Rendez-vous dans un an, comme d’hab !

Et comme le veux la tradition, remercions l’équipe du Hellfest qui s’est mis en quatre, voire en douze, pour que le festival soit le plus réussi possible, messieurs Roger Wessier, Olivier Garnier et bien sûr Ben Barbaud, sans oublier nos complices de Roadrunner Records Karine Sancho et Charlotte Sette, ainsi que l’ami Finn Chaoslord de Throne Of Thanatos qui nous a fait bénéficier de ses contacts, de sa transpiration et de tout le reste, en voilà un partenariat qu’il était béton ! A tous merci, vivement 2015 parce que, hé, c’est les dix ans du Hellfest !

Ça promet…
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