Chroniques du Hellfest 2012 - Volume 3

Par Scred | le 22/06/2012 | Les autres articles sur le Métal

Armistice
Quel enfer ce réveil… En ce troisième jour de Hellfest, le poids des ans commence à se faire sentir, surtout au niveau des jambes ! Qu’importe, pour cette dernière journée, il s’agit d’en profiter au maximum afin de pouvoir tirer un bilan objectif de ce nouveau champ de bataille en mettant de côté le plaisir évident que nous avons ressenti depuis nos premiers pas sur le site du festival clissonnais pour se concentrer sur ce qui a fonctionné et ce qu’il faudra améliorer pour l’an prochain.
Chroniques du Hellfest 2012 - Volume 3 Constatation rassurante en débarquant sur place, je ne suis pas le seul à avoir les yeux au niveau des joues ! Quelques festivaliers dorment ça et là, à quelques mètres des enceintes crachant les décibels produits par August Burns Red, le combo de Metalcore américain qui semble avoir quelques comptes à régler pour déployer autant d’agressivité ! Pas grave, les mecs roupillent encore…

Pour ma part, je me presse vers la zone VIP où m’attend le très haut en couleur Dez Fafara, hurleur en chef de Devildriver pour une interview que vous pourrez découvrir très vite dans ces pages. Je vous ai parlé du carré VIP version Hellfest ? Aéré, confortable, il permet aux journalistes d’échanger confidences, expériences et anecdotes sur les concerts de la journée tout en sirotant une petite bière à un prix défiant toute concurrence. Moins cosy que pour les dernières éditions, il remplit cependant parfaitement sa fonction même si on aurait apprécié une peu plus de verdure et un peu moins de gravier… Jamais content le journaleux !

Nous laissons passer le concert de Black Label Society, déjà présents l’an passé, pour faire le point avec notre équipe, et ce sans regret puisque ce que l’on entend nous confirme que le set de l’ami Zakk Wylde n’a pas beaucoup changé depuis la dernière fois que nous l’avons vu ! Le solo interminable qui annonce la fin du concert a cependant cet intérêt de nous donner le top départ pour aller nous placer devant la Mainstage 2 afin d’accueillir comme il se doit Walls Of Jericho

Que dire de la prestation de Candace Kucsulain et de des acolytes sans tomber dans l’avalanche de superlatifs… Ce fût peut être la plus belle claque du festival ! Walls Of Jericho sur scène réussit la synthèse parfaite de tout ce que l’on aime dans le métal, une énergie incroyable, le charisme d’une chanteuse d’exception qui communique sans cesse avec la public, laissant éclater une rage sincère et un véritable plaisir de jouer, une mise en place bétonnée avec riffs implacables et rythmique en acier trempé, la totale quoi… Les circles pits se multiplient, transformant la fosse en arène de gladiateurs, le sol tremble sous les coups conjugués des basses et des festivaliers s’entrechoquant sur les titres du groupe de Detroit, « The American Dream », « Feeding Frenzy », « And Hope To Die », « A Trigger Full Of Promises » ou encore l’ultra violent « Revival Never Goes Out Of Style ».

Après un tel traumatisme auditif, la prestation de Hatebreed semble un poil terne malgré la belle énergie déployée par les Jersey boys pour faire bouger la foule… Les racines East Coast du groupe de Jamey Jasta se font ressentir plus que jamais et leur hardcore mâtiné de métal pur et dur reste toutefois fort excitant, préparant le terrain pour les furieux Devildriver dont vous savez tout le bien que l’on pense par chez nous… Connaissant déjà bien les lascars, nous tentons une percée vers l’Altar histoire de voir ce que donne Dying Fetus en live.

Et là, autant le dire tout net, c’est inaudible ! Je sais bien que c’est le style qui veut ça, mais là on touche presque le fond ! Brutal à outrance, aucun riff ne parvenant à s’extirper du bloc sonore généré par le groupe, des musiciens inexpressifs donnant l’impression d’un ennui profond et cerise sur le gâteau, des fans aux tatouages assez louches allant de pair avec des crânes rasés fort suspects… Retraite, retraite ! Et puis ça tombe bien puisque les Rival Sons sont en train de régaler la Valley avec leur blues rock seventies en diable qui nous offre une pause salutaire dans le déluge d’agressivité que nous venons d’encaisser plusieurs heures durant… Y’a pas à dire, ça soulage !

Et ce n’est pas fini puisque les vétérans de Blue Öyster Cult viennent enfoncer le clou rouillé des premières années du hard rock sur la Mainstage 1 ! Bon, certes, les mecs ont vraiment vieilli mais pas leur musique, oh que non… « Burnin’ For You », « Godzilla », « Don’t Fear The Reaper », tous ces titres mythiques ont conservé leur grâce d’antan et c’est un vrai plaisir de les découvrir en direct, joué par des musiciens visiblement émus de recueillir un tel succès auprès de jeunes métalleux arborant des T-Shirts de groupes autrement plus violent que le Cult…

Dernier ravitaillement avant le final du festival pendant que Trivium s’emploie à faire fondre consciencieusement les tympans du public, et c’est au tour de Mötley Crüe de prendre possession de la scène pour un concert qui se voulait historique mais qui, finalement, sera assez mou du genou… Il faut dire que le Crüe a quelques kilomètres au compteur et que cela se ressent, autant physiquement que musicalement. Les hymnes défilent, évoquant un petit bout d’histoire à chaque refrain, mais le cœur n’y est plus vraiment… Même les accortes donzelles assurant les chœurs (en playback) censées exciter la libido des mâles font pâle figure à côté de certaines festivalières !

Il n’en reste pas moins que les mecs savent encore jouer et les « Dr. Feelgood », « Girls, Girls, Girls » et autres « Kickstart My Heart » conservent une partie de leur pouvoir d’attraction… Cela nous donne le temps d’aller dénicher une place de choix pour assister au concert de Slash, accompagné de son désormais inséparable Myles Kennedy et alors là pardon ! Après la pitoyable prestation de son ancien groupe la veille au soir, le spectacle offert par l’homme au Gibus vaut son pesant de médiators ! Parvenant à rendre vie aux titres assez moyens de son dernier album, il offre au Hellfest un concert parfait, alternant classiques de Guns N’ Roses (« Nightrain », « Mr Brownstone », « Sweet Child O’Mine », « Paradise City ») et morceaux tirés de son répertoire personnel (« Ghost », « Back From Cali ») ainsi que de celui de Velvet Revolver (« Slither »). On en ressort rassurés et réjouis, même si la pluie commence à s’inviter à la fête, direction la Mainstage 1 où un film retraçant la carrière d’Ozzy Osbourne vient de démarrer.

Sacré Ozzy… Le bonhomme n’a pas vraiment changé depuis ses débuts finalement, il apparaît aujourd’hui comme diminué, certes, parfois limite au niveau de ses déplacements et de sa voix mais rien à faire, l’enthousiasme l’emporte toujours ! Le ciel, en revanche, n’a pas l’air du même avis (est-ce bien étonnant ?) et c’est une véritable tornade qui s’abat sur le Hellfest au moment où le Prince des Ténèbres fait une entrée hilare sur scène sur les premières notes de « Bark At The Moon ». Redite du concert qui clôturait la précédente édition, le show du Madman, organisé en toute hâte pour pallier à la défection de Black Sabbath, aurait pu comporter plus de titres du Sab’ mais qu’importe, voir Ozzy est toujours un bonheur et le fait de découvrir Slash s’éclater sur « War Pigs » ou Zakk Wylde retrouver ses pénates avec « Crazy Train » n’a pas de prix…

Trempés jusqu’aux os, nous nous dirigeons à grand regret vers la sortie pendant que Lamb Of God matraque avec conviction les derniers courageux festivaliers ayant encore assez de force pour tenter un pogo dans le marécage qu’est devenue la fosse devant la Mainstage 2…

C’est donc l’heure du bilan. Le Hellfest 2012 en version XL a fait mieux que réussir son pari. Mis à part quelques impairs, tels que le taille de la tente Valley bien trop étroite pour le large public amateur de Stoner, un léger problème de sonorisation sur la Mainstage 1 en comparaison de la qualité du son de sa sœur jumelle et les sanitaires désespérément insuffisants (problème récurrent à tous les festivals), le public a pu assister à un événement unique en France au regard de la richesse de la programmation et de la qualité des conditions de vie des festivaliers tant au niveau de la restauration que du confort d’écoute des concerts.

De plus, et c’est heureux, le Hellfest semble être définitivement rentré dans les mœurs, ne soulevant plus de critique crédible de la part des défenseurs de la morale qui nous ont pourri la vie lors des précédentes éditions, et ce sans pour autant vendre son âme au diable… Un comble ! Toujours est-il que l’attente va être longue avant la prochaine édition de notre festival fétiche qui sera, n’en doutons pas, encore plus réussi que celui-ci, les organisateurs ayant le temps d’apprendre de leurs erreurs, si minimes soient-elles… Rendez-vous autour de Noël pour les premières annonces de la future affiche et d’ici là, longue vie au Hellfest !

Remerciements affectueux à Roger Weissier pour son énorme travail d'organisation, à Karine Sancho et Charlotte Sette de Roadrunner Records qu'il faudrait inventer si elles n'existaient pas, à Olivier Garnier (et son sublime parapluie), à Dez Fafara (Devildriver) pour sa gentillesse et son humour, à l'équipe du bar de la VIP qui ont assuré comme jamais et à tous les bénévoles qui ont beaucoup fait pour que cette édition 2012 soit une réussite. Merci à tous.
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