Chroniques du Hellfest 2011 - Volume 4

Par Scred | le 24/06/2011 | Les autres articles sur le Métal

Des prêtres, des magiciens et un lapin
Hein quoi ? Déjà ? C’est à peu près ce que je me dis en entendant la sonnerie du réveil ce dimanche matin, troisième et dernier jour du Hellfest… Pourquoi diable dois-je me réveiller si tôt ? Ah oui, l’interview de Duff « Rose » McKagan prévue à 10h30 pétantes qui m’a fait veiller assez tard hier soir histoire de peaufiner mes questions à l’ancien bassiste de Guns n’ Roses. Je n’ai pas oublié ce que je dois à l’un des architectes d’ « Appetite for Destruction », l’un des albums qui m’a amené à faire ce métier aujourd’hui… En avant donc !
Chroniques du Hellfest 2011 - Volume 4 Arrivé pile à l’heure devant les boxes réservés aux journalistes, je tombe sur Roger, l’un des maîtres des lieux qui transpire à grosses gouttes avec son téléphone vissé à l’oreille. Pas de nouvelles de Duff ! Bon, on va attendre… Et ça tombe bien, puisque Zuul FX s’emploie à réveiller les festivaliers avec leur nu-metal dopé aux hormones, suivi par les excellents Turisas et leur « Battle Metal » (!) qui auraient mérité un peu plus d’une demi-heure de set et un horaire plus favorable…

Midi passé et c’est désormais une certitude, Duff McKagan nous a snobé sans un mot d’excuse… En même temps, vu la qualité du concert qu’il donnera quelques heures plus tard, ce n’est pas un mal ! En effet, il n’y avait pas grand chose à sauver dans ce set, composé essentiellement de titres du très médiocre album de l’ex-bassiste devenu guitariste et chanteur (on se demande bien pourquoi), et même les versions de « Attitude » et de « It’s So Easy » de Guns n’ Roses joués en fin de concert ne sauvèrent pas les meubles.

Pas le temps de ruminer ma déception car il est temps de rejoindre Mark Rizzo de Cavalera Conspiracy pour une interview express avant de le retrouver sur scène en compagnie des frères mythiques qui offrirent au Brésil leur plus belle vitrine musicale, un petit groupe confidentiel que l’on appelait Sepultura… Et c’est parti pour une heure de bourrinage de tympans et de slams ininterrompus de la part d’un public devenu subitement incontrôlable.

Cavalera Conspiracy enchaine les meilleurs titres extraits de leur dernier opus « Blunt Force Trauma », de leur premier album « Inflikted » et bien sûr quelques classiques de Sepultura (« Refuse/Resist », « Territory », « Roots Bloody Roots »). Max semble affaibli mais la rage est toujours là, tout comme l’esprit de famille puisque son fils Ritchie viendra l’épauler au chant sur « Black Ark » ainsi que le reste de la famille sur le « Cockroaches » de Nailbomb, son projet annexe et culte de 1994…

Après une claque pareille, il est temps de souffler un peu dans le backstage… D’autant plus que c’est Anathema qui joue suivi de Mr Big et que dans un cas comme dans l’autre, ça ne casse pas trois pattes à un bouc, je sais c’est plus drôle quand c’est un canard mais il faut s’adapter aux circonstances ! Et puis de toutes façons, Mike Akerfeldt d’Opeth m’attend pour une interview donc aucun regret… Quel amour ce mec d’ailleurs ! On ne dirait pas quand on le voit chanter et pourtant…

C’est donc ragaillardi que je me poste devant la scène pour assister au concert de Doro, la généreuse chanteuse allemande, ex-Warlock, véritable icône du métal 80’s qui, si elle n’est plus toute jeune, continue toujours à se donner corps et âme pour ses fans. Sa voix rauque n’a rien perdu de sa force et les titres de Warlock comme « Burning the Witches », « True as steel », « Hellbound » ou encore « All we are » n’ont pas prit une ride !
Ajoutez à cela le sourire radieux qui illumine son visage tout au long du concert et vous aurez une petite idée du moment de grâce qu’a vécu le Hellfest avec cette grande dame du rock injustement méconnue du grand public, un vrai moment privilégié qui ne m’empêche pas de jeter régulièrement un regard sur le drap qui masque la Main Stage 1 où l’on peut lire « Epitaph »…

Car c’est bien de cela qu’il s’agit, une épitaphe. Judas Priest tire sa révérence en grandes pompes et entend le faire en beauté avec une setlist de rêve, couvrant toute la carrière du groupe depuis leur premier album « Rocka Rolla » (« Never Satisfied ») jusqu’aux disques mythiques que sont « British Steel » (« Rapid Fire », « Metal Gods », « Breaking the Law ») ou « Painkiller » (« Night Crawler », « Painkiller »). Le groupe de Rob Halford, même privé du guitariste K.K. Downing, impressionne par sa classe et sa virtuosité. Halford le premier monopolise l’attention du public, multipliant les tenues de cuir clouté, arpentant la scène tel un patriarche devant ses ouailles et haranguant la foule de ses fidèles qu’il appelle affectueusement ses « metalheads » ou « metalmaniacs »…

En terminant le concert par les hymnes « Hell bent for leather » (introduit par l’entrée en scène de Rob Halford sur une rutilante moto) et « You’ve got another thing coming », Judas Priest aura illuminé le Hellfest de leur présence et apporté une pierre monumentale à l’édifice de leur légende en offrant aux festivaliers rien moins que le meilleur concert de tout le week-end. Quelle tristesse que ce soit la dernière fois… Loué soit le Priest ! Amen.

Ce genre d’émotions, il faut un bon moment pour s’en remettre. Une petite pause assis dans l’herbe avec les collègues s’impose histoire de partager nos impressions, de vérifier qu’on n’a bien été témoin de la même chose ! C’est le moment que choisit Marie, la présidente d’un site ami où il est question d’acteurs et d’ombre, pour demander si ça intéresse quelqu’un d’aller prendre une claque devant Electric Wizard… Je prends ! Depuis le temps qu’on m’explique que voir ce groupe en concert est une expérience unique, c’est l’occasion ou jamais de le constater de visu.

Nous fendons la foule agglutinée autour de la Terrorizer Tent et alors là, pardon… Nous nous excusons pour l’interruption momentanée de l’image et du son ! Electric Wizard en live peut se comparer à la rencontre hautement instable entre une ambiance digne du Velvet Underground et la lourdeur et la puissance de feu d’un Black Sabbath première période… Des guitares ultra-saturées, des basses flirtant avec la ligne rouge et la voix de Jus Oborn à la fois plaintive et écorchée contribuent à faire entrer le public dans une transe malsaine, renforcée par les images tirées vraisemblablement d’un film érotique des années 70 projetées derrière les musiciens dont on ne voit pas les visages car éclairés à contre-jour… On sort de cette expérience complètement hagards, comme d’un rêve étrange qui vous laisse une impression de cauchemar, en résumé, on en prend plein les dents !

En conséquence, je titube légèrement en rejoignant la scène principale où Ozzy Osbourne a déjà commencé son set… Bon, c’est Ozzy, pour l’avoir récemment vu en concert, je savais à quoi m’attendre. Une légende certes, attachant, culte entre tous, mais vraiment abîmé, s’accrochant à son micro comme à une béquille même si toujours facétieux et complètement barré ! Au niveau de la setlist, que du classique, des grands titres de Black Sabbath (« War Pigs », « Iron Man », « Paranoid ») à ses propres succès (« Bark at the moon », « Mr Crowley », « Crazy Train », « I don’t want to change the world »), en évitant de plomber l’ambiance avec des titres tirés de son dernier album, pourtant très bon.

Pour le grand final, c’est le même problème que vendredi soir, que choisir entre Opeth, Cradle of Filth et Kyuss Lives ! Personnellement, c’est sur le death mélodique d’Opeth que j’ai choisi de clore cette édition 2011 du Hellfest, beaucoup plus riche en surprises que l’an passé malgré une programmation un peu moins « monstrueuse » ! Si les USA étaient à l’honneur en 2010, c’est l’Europe qui a montré les dents en 2011, histoire de rappeler aux ricains que le heavy métal est né de ce côté-ci de l’atlantique, non mais !

Cette chronique n’en finit pas… Il faut pourtant conclure en remerciant chaleureusement les organisateurs du festival pour leur accueil toujours au top et les excellentes conditions de travail dont nous avons bénéficié, Ben Barbaud bien entendu, mais aussi Olivier, Roger, Karine, la dream team des attachés de presse, les bénévoles et tous les artistes pour leur disponibilité…

Vivement l’an prochain décidément, longue vie au Hellfest !



    Dîtes nous si vous avez aimé cet article.