Chroniques du Hellfest 2010 - Volume 3

Par Scred | le 25/06/2010 | Les autres articles sur le Métal

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" Mieux vaut régner en enfer que servir au paradis " (John Milton – Le Paradis Perdu)
Chroniques du Hellfest 2010 - Volume 3 Le Hellfest se réveille avec difficulté mais vaillance en ce troisième et dernier jour de festival, comme en témoignent les nombreux corps inertes qui jonchent le sol de plus en plus aride… À bout de force mais heureux, les quelque 25 000 amateurs de musiques extrêmes (soit plus de 60 000 sur la totalité de l’évènement dixit les organisateurs) rassemblent leur énergie pour affronter le dernier torrent de décibels qui s’apprête à fondre sur Clisson.

Est-il humainement possible de dormir pendant un concert d’U.D.O. ? Il semblerait que oui ! Pourtant, le set du groupe allemand est particulièrement réjouissant, mêlant des morceaux originaux avec des reprises du précédent groupe d’Udo Dirkschneider, Accept. La voix est toujours présente, le son est énorme et l’on ne peut que manifester un profond respect pour le vétéran du speed metal qui nous offre ici une belle leçon de persévérance.

Pendant que Behemoth tente avec conviction (mais hélas, toujours sans succès) d’ouvrir une brèche dans notre réalité (et accessoirement dans nos tympans) pour y inviter une cohorte de démons visqueux, je flâne entre les stands de l’Extrême Market, sorte de version infernale du marché aux puces traditionnel. Quelques t-shirts attirent l’attention, tel celui où l’on peut lire « J’ai croisé Christine Boutin sous la tente Rock Hard », un chapiteau dédié aux groupes les plus jusqu’au-boutistes du festival, ou encore quelques collectors charmants comme ce t-shirt Motörhead pour femme enceinte ou ce bavoir pour enfants (ou hardos très imbibé) à l’effigie du fameux crâne des Misfits… Vraiment pour tous les goûts je vous dis !

Mais plus le temps de faire les boutiques car c’est l’heure pour Saxon de venir nous rappeler que le heavy metal des années 80 n’est toujours pas mort malgré les assauts répétés de la concurrence ! Avec une belle énergie, Biff Byford enflamme la foule avec ses vocalises haut perchées et déploie une belle énergie sur des titres comme « Heavy metal thunder », « Motorcycle man » ou encore « To Hell and back again ». Le groupe conclu sa prestation par deux de ses plus grands classiques, « Wheels of steel » et « Denim and leather », un titre fort à propos quand on jette un rapide coup d’œil au public. Vous en connaissez beaucoup des codes vestimentaires qui durent depuis plus de trente ans?

Malgré tout, avec le soleil qui tape de plus en plus en cette fin d’après-midi, le cuir et le jean ont tendance à céder la place aux torses nus et tatoués des festivaliers. Un manque de prudence certain puisque c’est maintenant Stone Sour qui entame son concert et provoque un pogo monstrueux sur « Mission Statement », un titre extrait de leur futur album « Audio Secrecy » dont nous reparlerons très bientôt avec Roy Mayorga (ex-Soulfly/Sepultura), le batteur du groupe qui a eu la gentillesse de nous accorder une interview mais patience…

Corey Taylor (Slipknot) enfin à visage découvert se met le public dans la poche en un peu moins de dix secondes par sa générosité et son charisme animal, et arrive à nous convaincre très facilement que Stone Sour est bien plus qu’un side-project en marge de Slipknot mais bel et bien un groupe à part entière. Alternant nouveaux morceaux (« Digital », « The Bitter end ») et extraits des deux premiers albums du groupe (« Get Inside », « 30/30-150 »), Stone Sour livre un concert total, faisant participer la foule à chaque chanson, et réussit son opération séduction haut la main !

C’est au tour d’Exodus de faire trembler la terre à l’heure où une grande partie du public assiège les échoppes de sandwiches afin de faire le plein avant les trois têtes d’affiche de la soirée. Les vétérans du Thrash, forts d’un nouvel album très réussi (« Exhibit B : The human condition ») évoquent le son originel de cette musique née dans la baie de San-Fransisco au début des années 80, et nous font penser que le fameux « Big Four » (Metallica/Megadeth/Slayer/Anthrax) gagnerait à être augmenté d’un membre.

Mais si l’on jette un rapide coup d’œil aux logos qui ornent les blousons et t-shirts les plus représentés autour de nous, on comprend rapidement pourquoi la tension semble monter d’un cran alors que le soleil décroît petit à petit… Grande première dans cette édition du Hellfest 2010, le public scande le nom d’un groupe avant son entrée sur scène : « Motörhead, Motörhead ! »

Le groupe, qui étrenne ce soir sa troisième participation au festival en cinq ans, reste ce qui se fait de plus basique, de plus primaire, de plus jouissif dans ce que l’on appelle le rock n’ roll. Un grognement de Lemmy et c’est l’histoire du rock qui défile entre vos deux oreilles… Et même si on les connaît par cœur, même si on les a vus cent fois, vivre un concert de Motörhead est une expérience toujours excitante ! C’est en tout cas un avis qui semble partagé par le public qui pousse un rugissement de bonheur au moment où la célèbre basse Rickenbacker de Lemmy donne le signal du départ avec l’intro de « Iron Fist ». Pendant une heure, Motörhead va enchaîner ses titres fétiches (« Stay clean », « Metropolis », « Over the top ») émaillés de solos signés Phil Campbell (guitare) et Mikkey Dee (Batterie) avant de déclencher l’hystérie en balançant coup sur coup ses classiques « Killed by Death », « Ace of Spades » et « Overkill ». Image saisissante, dans la mêlée provoquée par ces hymnes, un nuage de poussière s’élève lentement de la foule comme pour saluer la performance de Motörhead, toujours le groupe le plus bruyant du monde…

Et pourtant, il y a d’autres prétendants au titre, à l’image de Slayer qui semble bien décidé à achever le public à peine remis en assénant d’entrée de jeu l’un des meilleurs titres de leur dernier album, « World Painted Blood ». Tommy Araya grisonne un peu mais n’a pas perdu sa rage légendaire, secondé par un Kerry King bardé de chaînes qui n’a plus de problèmes de cheveux depuis belle lurette vu qu’il est chauve comme un œuf ! Slayer balaie l’ensemble de sa carrière à un train d’enfer, avec les terrifiants « Angel of Death », « War ensemble », « Dead skin mask » et conclue un set éreintant par une poignée de titres devenus mythiques dans l’histoire du métal et le cœur des fans, « South of Heaven» et « Raining Blood ». En une toute petite heure, Slayer a mis tout le monde à genoux, non pas en prière mais en adoration devant ces dieux du Thrash.

Il est à présent temps d’accueillir les rois du festival, le groupe qui symbolise le hard rock dans toute la galaxie et même au delà, j’ai nommé Kiss ! À première vue, on pourrait trouver incongrue la présence de Kiss au cœur d’un festival de musiques extrêmes, tant le rock pratiqué par les quatre dandys maquillés peut paraître édulcoré en comparaison de tout ce que l’on a pu écouter pendant ces trois jours… On aurait tort. Kiss pratique la démesure également, dans sa musique par la force de ses hymnes dont aucun ne manquera à l’appel ce soir mais surtout dans ses visuels et dans sa mise en scène gigantesque, monstrueuse, sans équivalents. De l’arrivée par les airs du groupe à la métamorphose de Gene Simmons, la langue pendant, crachant du sang avant de s’envoler comme une chauve-souris sur « I love it loud », le spectacle est total. Paul Stanley a certes un peu perdu de sa voix mais quelle débauche d’énergie !

Le show de Kiss reprend les meilleurs moments de la carrière du groupe, des fameux « Klassics » tels que « Love Gun », « Lick it up », « Detroit rock city » ou encore « Deuce » à des titres plus récents comme l’excellent « Crazy crazy nights » en passant par quelques extraits du dernier album « Sonic Boom ». Mais le plus impressionnant restera le final du concert, où Paul Stanley survolera la foule pendant un « I was made for loving you » d’anthologie qui sera suivi par « God gave rock n’ roll to you », un petit pied de nez à ceux qui voyaient dans le Hellfest un dangereux rassemblement de satanistes, et enfin par le traditionnel « Rock n’ roll all night » qui renverra tout le monde se coucher, les cheveux plein de confettis et des étoiles dans le cœur.

Tout a une fin, c’est peut-être ça qui est bien comme disait Mano Solo, on commencera donc à compter les jours avant la prochaine édition du festival de Clisson, impeccable dans son organisation comme dans sa programmation et qui n’a définitivement rien à envier à ses homologues allemands et britanniques.

Cocorico ! En ce moment, on en a bien besoin…
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