Chroniques du Hellfest 2010 - Volume 2

Par Scred | le 23/06/2010 | Les autres articles sur le Métal

Premiers cercles
"Or, descendons, il est temps, dans cet empire de la nuit…" (Dante – L’Enfer/ Chant IV)
Chroniques du Hellfest 2010 - Volume 2 C’est vers 14h en ce samedi 19 juin que je mon regard se pose pour la première fois sur l’impressionnant portail du Hellfest qui, assez ironiquement, représente une croix chrétienne frappée du symbole du festival et est entourée par les visages des anciens participants. Phil Anselmo, Lemmy, Kerry King, ou encore Max Cavalera nous accueillent en ces lieux marqués du sceau du rock n’ roll, mais c’est bien le visage de Ronnie James Dio qui attire le regard… Le créateur du signe de la bête qui nous a quitté il y a quelques semaines à peine avait enflammé la scène l’an passé avec son groupe Heaven & Hell, nul doute que le public saura s’en souvenir cette année.

Le festival a commencé la veille et les envoyés spéciaux d’Actumusic, Ludo et Manu qui étaient déjà sur place, ne tarissent pas d’éloges sur le set d’Infectious Grooves, pendant lequel Mike Muir a fait monter plusieurs centaines de spectateurs sur scène (certainement histoire de roder les agents de sécurité) ainsi que sur celui tonitruant de Sepultura ! Par contre, Arch Enemy semble avoir déçu…

Mais peu importe !

Hier c’était hier et aujourd’hui c’est Y&T qui chauffe le public avec son hard rock hérité des années 80 au moment où je pénètre dans l’enceinte du Hellfest… Le public est assez clairsemé à cette heure de la journée et beaucoup profitent du concert et des premiers rayons de soleil de la journée allongés à même le sol.

Les danois de Pretty Maids commenceront à faire un peu bouger les choses, tout comme les cultissimes Anvil, inventeurs méconnus du speed-metal avec leur chanteur Steve « Lips » Kudlow qui enchantera la foule avec sa façon très personnelle d’utiliser un godemiché en guise de médiator… Jimmy Page peut aller se rhabiller avec son archet ! En tous cas on adore.

Cependant, la véritable ouverture des hostilités aura lieu avec Airbourne car comme d’habitude, on peut faire confiance à nos australiens agités du bocal pour mettre un public à feu et (littéralement) à sang ! Quel pogo mes aïeux ! En une dizaine de titres dont les redoutables « Raise the flag », « Too much, too young, too fast », ou encore « Running Wild », Airbourne a transformé une foule enthousiaste en une marée humaine déchainée qui s’est à peine calmée lorsque Joel O'Keefe s’est amusé à aller taper le solo au sommet de la scène pendant « Girls in Black » à environ une quinzaine de mètres de hauteur !

Vous avez dit rock n’ roll ?

C’est donc un public épuisé mais radieux qui accueille l’invité surprise du festival, j’ai nommé Slash accompagné par son groupe au sein duquel sévit le très talentueux chanteur Myles Kennedy qui réussira l’exploit de nous faire complètement oublier un certain Axl Rose sur « Nightrain », « Rocket Queen », « Sweet Child O’Mine » ou « Paradise City »… Jamais Guns n' Roses n’avait si bien sonné depuis deux décennies, ce qui prouve enfin à ceux qui en doutaient encore que l’âme des Gunners se trouvait dans la Les Paul du guitariste au Gibus plutôt que dans la voix de son chanteur mégalomane. Slash s’éclate et cela se voit, sur les titres de son dernier album (« Ghosts », « Back from Cali ») comme sur le « Sucker Train Blues » de Velvet Revolver, et nous offre une prestation mémorable, reprise en cœur par les festivaliers qui à cette heure de la journée ont encore de la voix.

Cela risque de ne pas durer très longtemps, car après la prestation énergique quoique un peu convenue d’Annihilator, s’avancent sur scène les inimitables Twisted Sister, avec un Dee Snider au top de sa forme, bien décidé à faire oublier les vingt-six années d’absence du groupe en France ! Quasiment tout l’album « Stay Hungry » y passera, avec de grands moments de communion tels que « We’re not gonna take it », « I wanna rock » et « S.M.F », tous repris chaleureusement par le public. Mais le plus beau moment du concert restera l’hommage des Sisters à Ronnie Dio avec une reprise du « Long live rock n’ roll » de Rainbow, chanté avec une émotion non feinte par le groupe comme par la foule, la main et les yeux dirigés vers le ciel en guise de prière sincère pour l’âme de l’un des pères fondateurs du heavy-metal.

La nuit tombe lentement sur Clisson lorsque le rock n’ roll vintage de Twisted Sister cède la place au black metal d’Immortal, un véritable choc des cultures qui est bien la marque de fabrique du Hellfest. Ici, le maquillage n’est plus outrancier, il est inquiétant voire terrifiant. Que l’on aime ou pas la musique du groupe norvégien, on ne peut que constater la formidable puissance de feu d’Immortal qui offre à sa sinistre horde de fans une prestation impressionnante de densité et de violence. La voix d’Abbath résonne lugubrement alors que les derniers rayons du soleil disparaissent pour laisser la place aux ténèbres et que les pires cauchemars de Christine Boutin semblent prendre corps…

Et puis, c’est au tour de la « créature » d’investir la scène. Alice Cooper, toujours égal à lui-même, ouvre le rideau de son « Theatre of Death » avec un spectacle grand guignolesque où il sera supplicié à trois reprises (par décapitation, pendaison et empalement, quelle santé !) et enchaînera les costumes et les mises en scène pour chacune de ses chansons, de « School’s out » à « No more mr Nice guy » en passant par « I’m Eighteen », « Wicked Young man », « Poison », « Guilty » et bien sûr « Feed my Frankenstein ». Nous ne sommes plus dans le cadre d’un concert de rock, c’est presque une comédie musicale qui se déroule sous nos yeux et comme dans toute bonne représentation de ce genre, pas un mot ne sera adressé au public. Dommage, mais cela fait partie du personnage et puis on lui pardonne tout à Alice car comme chacun sait, devant lui « on est tout petits, on est à chier » ! (Wayne’s World)

C’est sur les riffs tonitruants de Carcass, l’un des pionniers du Death metal, que s’achève cette journée riche en émotions et que nous rejoignons notre camp de base en longeant le camping qui a poussé à l’ombre du festival. Le métalleux, même passablement imbibé de bière locale (à 6,66° paraît-il, on a des doutes) et ivre de fatigue n’en est pas moins organisé comme le prouve l’alignement parfait des tentes…

Encore faut-il qu’il retrouve la sienne et ça, c’est pas gagné ! Il le faudra bien pourtant, car demain la fête continue.

A suivre…
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