Chronique de «White lies for dark times» par Ben Harper & Relentless7
Pieux Mensonges
La quarantaine réussit admirablement bien à Ben Harper...
Un nouveau groupe, un nouvel album studio deux ans après le très brut "Lifeline" enregistré à Paris et une énergie renouvelée qui se traduit par un son plus dur, plus hargneux, en un mot plus rock. C'est un petit peu tarte à la crème étant donné que Ben Harper n'a jamais fait autre chose, disons que cette fois il nous a fait sa crise grunge ! Si si, à ce point là...
Il était grand temps d'ailleurs, le Ben commençait à devenir rébarbatif avec ses grands sentiments remplis d'universalité, son profil trop lisse et son bon Dieu... Place à la source d'inspiration principale de tout bluesman, la bonne femme ! Et cette phrase forte, " never trust a woman who loves the Blues " ("Lay there and hate me") en guise d'étendard. Ben Harper revient en fait aux mélodies imparables qui avaient fait le succès de ses trois premiers albums, des titres comme " Faded " ou " Ground on Down " déjà bien teigneux à l'époque dont on retrouve l'inspiration dans " Shimmer and Shine " ou " Up to you now ".
Le son de sa guitare est mis en avant comme jamais et tranche dans le vif. Il faut attendre le sixième morceau, " Skin Thin ", pour que le tempo ralentisse un peu et que Ben Harper nous décoche l'un de ses ballades douces amères qui ont contribué à forger sa légende. D'ailleurs, le troubadour s'amuse à brouiller les cartes et à rendre la travail impossible aux pauvres critiques que nous sommes en sautant d'un style à un autre sans changer de main, histoire de décoller le moindre commencement d'étiquette que l'on pourrait lui coller sur le dos.
" Keep it together (so I can fall apart)" suinte le funk moite, " Fly One Time " aurait pu être emprunté à U2 tandis que " Boots like these " n'aurait pas déplu à Jimi Hendrix.
Et que dire de " The Word Suicide ", morceau intense évoquant le Dylan de " Man in a long black coat " ?
Un joli patchwork donc, à la fois familier et inattendu de la part d'un artiste que l'on croyait un peu enfermé dans ses propres clichés et qui signe avec ce " White lies for dark times " au titre ambigu (il n'y fait absolument pas référence à la fameuse crise mondiale mais bien aux rapports entre les hommes et les femmes) un très grand album du calibre de ses plus belles réussites passées.
Pas une fausse note sur les onze chansons que compte l'album, de nos jours c'est suffisamment rare pour être souligné. Reste à voir ce que cela donnera sur scène mais je ne m'en fait pas trop, Ben Harper étant un virtuose de l'exercice.
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