Chronique de l'album "Together through life" de Bob Dylan
Que ce soit pour la pertinence et l'humour de ces textes, cette impression que l'on n'aurait pas pu mieux dire ce qu'il a écrit, ou pour ses musiques au carrefour du folk, du blues, de la country, toutes empreintes de la même dose de classicisme et de modernité, quand on aime Dylan c'est pour la vie. Mais de quel Dylan parle-t-on au juste ?
Du poète folk minimaliste du " Freewheelin'Bob Dylan ", du rocker échevelé de " Highway 61 Revisited " ou de l'aventurier country avec The Band ? Bob Dylan est un caméléon qui n'en a fait qu'à sa tête durant toute sa carrière, faisant fi des modes et se concentrant sur son plaisir à lui, et par extension le nôtre...
En 2009, Bob Dylan est un bluesman, qu'on se le dise. Dès le titre d'ouverture, " Beyond here lies nothin' ", l'auditeur se retrouve plongé dans la moiteur d'un bouge texan, rempli d'odeurs de Chili (Chitlin' ?) con carne et de bière éventée. La guitare électrique semble traverser des décennies de poussière et de sueur sur les murs (une belle réussite signée Mike Campbell, prêté pour l'occasion par le vieux complice Tom Petty) et la voix du poète rocaille juste ce qu'il faut pour que l'on se prenne à y croire... encore !
Tout comme sur " My wife's hometown ", " Jolene " ou " Shake shake mama ", le blues transpire sur chaque mesure jouée par le patriarche et dans chaque mot qu'il prononce. Des airs connus (" Forgetful Heart " est très proche de " The Thrill is Gone " de BB King par exemple, tant au niveau de la musique que du thème) que se réapproprie Dylan sans complexe parce qu'il est Dylan et que ses interprétations apportent plus une pierre à l'édifice qu'elles n'en offrent une vision rabâchée. De plus, sous couvert d'un sage retour aux racines, Bob Dylan s'amuse toujours autant à tremper sa plume dans l'acide le plus corrosif pour s'en prendre aux grands de ce monde comme il le faisait sur " Masters of war " en son temps avec un " It's all good " humoristique ou à parler les yeux dans les yeux avec son époque dans ce que l'on pourrait presque considérer comme une suite aux " Times they are a-changin' ", ou plutôt un épilogue avec " I feel a change comin on ".
On remarquera qu'aujourd'hui, Dylan ne provoque pas ce changement, il s'en fait le témoin amusé et bienveillant, comme s'il était fier du travail accompli. Il a le droit de l'être en tous cas, à l'écoute de cet album somptueux qui signe avec un style qui force le respect sa énième résurrection. Un petit mot pour finir sur le morceau qui est à l'origine de ce " Together through life ", à savoir " Life is hard ". Cette chanson qui nous fait revenir dans le bar texan cité plus haut mais à l'heure de la fermeture cette fois, est à l'origine une commande pour le réalisateur français Olivier Dahan (" La Môme "). Composée pour figurer sur la bande son de " My own love song ", le prochain film du réalisateur, elle fût à l'origine de la fièvre créatrice de Dylan pour enregistrer cet album (qu'il a produit lui-même une nouvelle fois sous le pseudonyme mystérieux de Jack Frost) et traduit par des mots encore nouveaux une histoire vieille comme le monde : la vie est dure sans celle que l'on aime...
Dure certes, mais un petit peu moins pendant l'écoute de ce disque splendide, que le Barde en soit remercié.
Boum, album du mois !
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