Charlotte Gainsbourg - IRM

Par Scred | le 09/12/2009 | Les autres articles sur le Pop

Love on the Beats
Charlotte Gainsbourg - IRM L’affichage digital de ma chaîne Hi-Fi affiche « 14 44 14 », telle une séquence régulière issue d’une machine branchée sur une pulsation, un pouls virtuel. Et de fait « IRM », le nouvel album de Charlotte Gainsbourg, est câblé sur le vivant. Issu d’une collaboration assez inattendue mais finalement très naturelle avec Beck, le petit prince du rock indé made in USA, l’album puise son inspiration dans la récente mésaventure de notre Charlotte nationale, victime d’une hémorragie cérébrale à la suite d’un accident. De cette expérience traumatisante l’artiste a conservé le souvenir d’un son bien particulier, celui du caisson d’IRM, une musicalité étrange qui sera le point de départ de son inspiration pour ce disque.

La vie, la mort, la peur de partir hantent cet album dont le maître mot reste « classieux ». Malgré tout, ici point de déprime car si mélancolie il y a, elle est transcendée par la légerté des compositions et la très grande pudeur de Charlotte Gainsbourg qui s’exprime dans cette collection de chansons souvent courtes et concises. Le fil conducteur entre tous ces morceaux est d’ailleurs tissé par l’utilisation des percussions, comme un battement de coeur qui maintiendrait l’objet en vie. Sur « Master’s hands », « Tricky Pony » ou encore « IRM », le rythme parfois syncopé et servi par une production impressionnante évoque même les sonorités très actuelles des White Stripes ou de The Kills. Preuve une fois de plus que Charlotte Gainsbourg n’a rien d’un gimmick et que son aura de muse s’est définitivement affranchie de son illustre héritage.

A l’exception de la chanson « Le chat du café » qui pourrait vaguement invoquer le souvenir du grand Serge tant dans le choix du texte que pour la musique (la batterie qui flirte avec « L’homme à tête de choux »), le reste du disque oscille entre la sombre beauté du Velvet Underground (« Me & Jane Doe », « Time of the Assassins », « In the end »), le romantisme léger d’un Donovan (« Dandelion ») et une pop brillante et esthétique qui reste la marque de fabrique de Beck (« Heaven can wait », « Green wich mean time »). Et lorsque la miss s’amuse à mélanger les genres et les langues (« La collectionneuse », « Voyage »), le résultat est hautement addictif et confirme son statut de plus belle réussite commune franco-britannique avant même le tunnel sous la manche !

Il aurait pu être tellement facile de caricaturer son léger filet de voix, sa fragilité évidente sauf qu’à la différence de Carla Bruni pour ne citer personne, Charlotte Gainsbourg ne minaude jamais et pose son timbre juste et infiniment sensuel avec force et précision. J’exagère, on savait déjà qu’elle n’était pas chanteuse par distraction mais par vocation, et le moins qu’on puisse dire c’est qu’elle le démontre avec, je me répète, une immense classe dans cet album profond, complexe et à la fois très fluide qui s’écoute comme un avant-goût du paradis, juste avant une renaissance.

et hop ! pour écouter :
Découvrez la playlist IRM avec Charlotte Gainsbourg



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