Buddy Guy - "Living Proof"

Par Scred | le 26/10/2010 | Les autres articles sur le Blues

Millésime
C’est avec un plaisir gourmand que l’on débouche le nouveau Buddy Guy, tout disposé que l’on est à se prendre une cuite d’anthologie en compagnie de l’un des derniers dinosaures du blues, l’enfant terrible de Chicago, le guitariste le plus rapide de tout l’Illinois (et probablement des sous-continents réunis). Allez hop, cul sec !
Buddy Guy - "Living Proof" Car rapide, il l’est encore le bougre, comme le prouve le solo presque indécent de « 74 years young », un blues qui commençait pourtant sur du velours acoustique, presque country. Mais on dirait que vous ne connaissez pas Raoul… Dès que les lampes sont chaudes et que la température à suffisamment monté, Buddy Guy lâche les vannes (quelque part autour d’une minute trente) et déchaîne l’enfer. Quelle agilité ! Je connais pas mal de métalleux qui pourraient lui envier cette hargne et cette dextérité.

Même punition sur « Thank me someday », une énième variation autour du fameux « Hoochie Coochie Man », où Buddy délaisse sa Stratocaster 57 pour faire hurler une Gibson ES 335 Custom qui n’avait pourtant rien demandé à personne. Comment je le sais ? A l’oreille pardi ! Et puis aussi un peu grâce au livret de l’album qui détaille par le menu le matos utilisé pour chaque chanson, délicate attention de la part d’un amoureux des guitares pour son public composé en grande partie de connaisseurs…

Ainsi donc, on apprend que le morceau titre « Living Proof » doit son tranchant à une Telecaster 74 Deluxe tandis que le son gras et métallique de « Skanky » provient d’une autre Telecaster, une 72 cette fois, rien à voir avec la Martin Signature BG électro-acoustique qui accompagne Buddy Guy sur « Stay around a little longer », un blues flirtant avec le gospel sublimé par la voix chaude de BB King (et de sa « Lucille », il n’y a même pas besoin de préciser). Il s’agit d’ailleurs du premier duo entre les deux hommes immortalisé en studio, après un demi-siècle de carrière il était temps !

Buddy Guy devait se sentir un peu seul au moment de mettre en boîte cet album puisqu’il a également invité un autre grand martyriseur de manche devant l’éternel en la personne de Carlos Santana à venir se joindre à la fête. Le résultat s’appelle « Where the blues begin », un morceau sombre et enivrant à l’atmosphère trouble, chaude et moite comme une nuit d’été écrasant la ville qui peine à trouver le sommeil… Fascinant.

Tout comme l’orgue hypnotique de « Guess what », le rythme diaboliquement entraînant de « Too Soon » ou la douceur touchante de « Everybody’s got to go », on ne trouve aucun fausse note sur cet album passionnant de bout en bout, à la fois respectueux des traditions du genre et absolument indémodable. En même temps, ce n’est pas maintenant que Buddy Guy allait s’autoriser à devenir médiocre. L’homme reste fidèle à sa légende et nous à sa musique, à consommer sans la moindre modération, il ne manquerait plus que ça !

Du 74 ans d’âge, ça s’apprécie tu penses…
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