Bruce Springsteen - "Wrecking Ball"

Par Scred | le 02/03/2012 | Les autres articles sur le Rock

Angry Boss
Bruce Springsteen n’est jamais si bon que lorsqu’il est en colère… Trois ans après le très optimiste « Working On A Dream » (2009), un album de qualité malgré quelques longueurs qui voyait le Boss couver d’un regard bienveillant son Amérique chérie qui relevait la tête après l’élection de Barack Obama, pleine d’espoir et de promesses d’avenir un peu moins tarte que sous l’ère Bush, le soufflé est retombé. Du coup, Springsteen est en pétard.
Bruce Springsteen - "Wrecking Ball" Et quand le Boss l’a mauvaise, il vaut mieux dégager le chemin… Le patriotisme chez lui s’écrit en lettres de sang au milieu du peuple dont il ne s’est jamais écarté malgré son statut de star planétaire, un peuple qui tourne volontiers le regard vers lui en temps de crise plutôt que vers les politiciens qui semblent avoir du mal à comprendre le sens même de ce mot. Une situation qui n’est d’ailleurs pas propre aux Etats Unis d’Amérique.

Bruce Springsteen n’en veut pas à son président de cœur, que les choses soient claires. Sa rage est destinée à tous ceux qui ont transformé un fantastique espoir de changement en cul-de-sac, toutes ces résistances conservatrices qui ont plombé le premier mandat d’Obama, l’empêchant de faire d’un rêve une réalité, les Tea Parties jouant la surenchère populiste, exacerbant un racisme latent qui semblait devoir disparaître dans les oubliettes de l’histoire, la religion comme arme de destruction massive, ou la finance qui, au lieu de reconnaître ses erreurs, en a commis de nouvelles dans un baroud d’honneur destructeur.

« Wrecking Ball » est donc un album de crise, inspiré par les manifestants de Wall Street, par les logements vides suite aux expulsions massives dues aux mensonges des banquiers, par l’absence d’humanité d’une partie de la société américaine qui préfère voir crever 99% de ses citoyens plutôt que de se regarder dans le miroir. Comme avec « Born In The USA », Bruce Springsteen jette de l’huile sur le feu pour mieux tenter de l’éteindre, mettant en pratique la technique du cri primal pour évacuer une violence qui aurait toutes les chances de déboucher sur une guerre civile si l’on y prenait garde.

« We Take Care Of Our Own » ne parle que de cela… Sur une mélodie évoquant ses meilleurs moments des années 80, le Boss rappelle à l’ordre les uns et les autres, expliquant avec des mots simples de quoi est faite l’Amérique, ce que c’est que le patriotisme par opposition à l’individualisme et au nationalisme. On s’occupe de l’autre, sinon l’autre s’occupera de toi.

Puisant dans le rock contestataire comme dans le gospel (« Shackled And Drawn ») ou les chants de résistance Irlandais (les extraordinaires « Easy Money » et « Death To My Hometown »), Bruce Springsteen n’en est plus au stade du constat et appelle clairement le citoyen ordinaire à prendre les armes contre l’envahisseur qui n’a rien d’étranger, bien au contraire, puisqu’il siège en haut lieu et travaille intensément à creuser l’écart entre le rêve américain et sa réalité.

Et pour ce faire il a composé l’arme fatale, « Wrecking Ball », six minutes de hargne au texte infiniment plus mobilisateur et violent que le plus bourrin des titres de Rage Against The Machine, où il oublie volontairement d’user de métaphore. « Si tu as les tripes et les couilles, amène ton bulldozer et tire le premier ». C’est assez clair comme ça ?

Enfin, citons « Land Of Hope And Dreams », un classique immédiat pour remotiver les troupes et rendre un dernier hommage à Clarence « Big Man » Clemons, saxophoniste historique de Bruce Springsteen et du E Street Band qui nous a malheureusement quittés en juin dernier et qui livre sur ce titre sa dernière remarquable prestation. Ou comment entretenir l’espoir dans les pires moments… Et à ce jeu là, le Boss reste le meilleur. Grand album donc, pour un grand bonhomme qui semble bien décidé à rester debout quand tout s’écroule autour de lui. Disque du mois, avec les honneurs !
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