Bob Weir & Ratdog – The Tabernacle, Atlanta – 16/03/14

Par Scred | le 17/03/2014 | Les autres articles sur le Rock

Choc Culturel
Quand on évoque l’expérience d’un petit français en territoire américain, quelques clichés évidents relatifs aux différences de cultures vous sautent à la tronche immédiatement… La bouffe, la mentalité, la religion, ce truc bizarre qu’ils appellent football, tout ça. Mais si on gratte un peu et que l’on veut s’intéresser à ce que l’on peut définir par Culture avec un grand C, le phénomène du Grateful Dead fait partie des choses qui restent uniques, endémiques, et profondément mystérieuses pour notre cerveau hexagonal.
Bob Weir & Ratdog – The Tabernacle, Atlanta – 16/03/14 On pourrait penser que le Grateful Dead n’est après tout qu’un groupe de rock comme un autre, emblématique de la fin des 60’s, fer de lance du mouvement hippie, qui a ses fans comme les Stones ou Johnny Hallyday ont les leurs, dévoués, un peu excessifs, fidèles jusqu’à la mort et gentiment barrés. On se tromperait lourdement.

Probablement parce qu’au pays du camembert et de la baguette bien fraiche, on ne sait pas vraiment ce qu’est le mouvement hippie, cataloguant n’importe quel mec ou nana un peu hirsute, reniflant le patchouli et portant des fringues bariolées comme un représentant de la famille baba cool (terme éminemment franchouillard) sans vraiment savoir de quoi on parle.

C’est qu’un hippie, ne vous déplaise, ça ne peut être qu’américain. Tout comme le Grateful Dead. On a envie d’utiliser le mot « institution » pour désigner le groupe fondé par le regretté Jerry Garcia et son compère Bob Weir qui nous intéresse ce soir, mais ce serait forcément incorrect puisque le Grateful Dead représente tout ce qui s’oppose à une institution, à un machin officiel.

Oasis de liberté dans un business musical qui s’est escrimé à rendre Jimi Hendrix et Janis Joplin commercialisables à l’époque, la musique du Grateful Dead a ceci de particulier qu’elle ne tolère pas le studio. Cela se vit en live et donc par définition, avec des gens, une communauté de fans plus ou moins sous l’emprise de substances plus ou moins légales, dois-je ajouter plus ou moins naturelles, pour qui les improvisations des musiciens sur scène représentent autre chose qu’un simple divertissement.

C’est une véritable réaction épidermique au carcan imposé par la société américaine à ses enfants depuis le début du siècle, le consumérisme, le puritanisme, l’omniprésence de Dieu, la pression sociale, l’état de guerre permanent, pas étonnant qu’ils aient inventé l’expression « Peace & Love », l’Amérique n’a jamais vraiment connu la paix depuis la première guerre mondiale ! Du coup, le Grateful Dead, probablement involontairement, symptôme plus que cause, a réuni autour de leur musique libérée de toutes contraintes une famille, les « Deadheads », qui m’entourent ce soir pour applaudir le gourou Bob Weir, dans une mosaïque de couleurs et d’âges aussi variés que les nuances d’un arc en ciel.

Parce qu’il faut peut être commencer à parler musique pas vrai ? Bob Weir, sorte de père Noël à la sauce californienne pieds nus dans ses sandales, délivre un show composé de reprises du Grateful Dead (« Help On The Way », « Victim Or The Crime », « Lady With A Fan », « The Other One »), de Chuck Berry (« The Promised Land »), de Bob Dylan (« She Belongs To Me ») et de son groupe The Band (« The Weight »), finissant sur les classiques immortels que sont « Sugar Magnolia » et « Brokedown Palace », le tout dans une atmosphère de dévotion quasi religieuse (The Tabernacle est une ancienne église après tout), où l’on peut clairement parler de communion avec le public.

Entre longues improvisations transcendant rock, blues, country ou jazz, et constructions complexes où le groupe semble lâcher la bride alors que l’apparent chaos est parfaitement maîtrisé et organisé, Bob Weir & Ratdog font plus que revivre le passé et ressusciter les années 60/70, ils les maintiennent à flot, expliquant de manière limpide à tous ceux qui pensent que le mouvement hippie est mort à Altamont un triste soir de 1971 que non, c’est juste une jaquette de cassette vidéo, un slogan à la une de Rolling Stone Magazine, une légende urbaine en somme. Parce qu’une idée ne peut pas mourir, ça, ça nous est réservé, c’est même ce qui nous permet d’aimer ces idées. Du coup, autant en être reconnaissants…
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