Bob Dylan – « The Witmark Demos (1962-1964) : The Bootleg Series vol.9 »

Par Scred | le 20/10/2010 | Les autres articles sur le Folk

Jeunesse dorée
Voilà un disque qui s’adresse à la jeunesse… Au moment d’enregistrer ces chansons, Bob Dylan avait à peine vingt ans, était parfaitement inconnu et ne disposait pour toute richesse que de sa guitare et des mots qui se bousculaient dans sa tête. C’est donc une expérience unique que cet album nous propose, en particulier pour les plus jeunes qui pourront s’identifier à un Dylan du même âge qu’eux, un petit gars monté à New York au début des années 60 sans la moindre idée de ce qui l’attendait.
Bob Dylan – « The Witmark Demos (1962-1964) : The Bootleg Series vol.9 » L’industrie musicale en 1962 n’avait rien à voir avec ce qu’elle est devenue aujourd’hui. A cette époque, il n’était pas question d’auteurs-compositeurs-interprètes, la plupart du temps on avait affaire à trois personnes distinctes, parfois deux lorsque l’auteur savait composer mais cela n’allait pas plus loin. Les premiers enregistrements de Bob Dylan rentraient dans cette catégorie, des démos destinées à être proposées à d’autres artistes afin qu’ils les interprètent.

C’est ainsi que Dylan commença à se faire un nom, en signant un certain « Blowin’ in the wind » pour Peter, Paul and Mary, un groupe folk en vogue à ce moment-là et qui a complètement disparu des radars depuis lors. La version présentée sur l’album qui nous intéresse aujourd’hui n’était donc pas destinée à être connue du public et pourtant…

Comment ne pas être frappé par la beauté de la voix du jeune Dylan, sa sincérité et sa force de conviction alors qu’il égrène les quelques couplets qui changeront à jamais la vision du monde d’une génération entière ? Même chose pour « A hard rain’s a-gonna fall » ou « Oxford Town », aux textes d’une telle maturité que l’on ne peut s’empêcher d’avoir des frissons en les réécoutant presque cinquante ans après leur création… Pour la première fois dans l’histoire de la musique moderne, un compositeur inconnu allait passer de l’autre côté du miroir devant l’évidence du pouvoir de séduction de sa propre musique et sa façon unique de la chanter.

Pour tout amateur de Bob Dylan, la découverte de ces démos ressemble à un bain de jouvence et nous renvoie aux émotions ressenties lorsque nous avons entendu pour la première fois « The Freewheelin’ » ou « Subterrean Homesick Blues », cette étincelle de compréhension qui s’est allumée lorsque la traduction des textes ajoutée à la justesse des mélodies et l’émotion dans la voix de Dylan se sont mélangés dans notre âme.

Comme si l’on découvrait Dylan pour la seconde fois en somme, dans un contexte plus intime puisque ces enregistrements sont dépouillés de tout artifice (on entend Dylan tousser, s’interrompre pour expliquer qu’il s’est trompé de couplet ou qu’il a oublié une phrase, il y a même une porte qui claque au début de « Masters of War » !). C’est un privilège d’assister à la naissance du mythe, dans la position de ceux qui en furent les témoins à l’époque.

De plus, cela nous donne l’occasion de découvrir quelques chansons encore inédites, comme le sublime « Farewell », « All over you » ou encore « Tomorrow is a long time » qui fit pleurer à chaudes larmes Judy Collins lorsque son producteur la lui proposa, chose assez rare pour une simple démo. N’oublions pas non plus la versions hilarante de « Talking Bear Mountain Picnic » (encore jamais entendue autrement qu’en concert) ou encore les premières ébauches de « Only a hobo », « Mama you been on my mind », la liste est interminable…

Présentée avec une qualité sonore remarquable même si inégale d’une chanson à l’autre, cette collection d’archives est sans aucun doute l’une des plus passionnantes à écouter de toute la série des « bootlegs » depuis le premier coffret du genre paru en 1991, il y a bientôt vingt ans. Et ce n’est pas peu dire !
    Dîtes nous si vous avez aimé cet article.