Björk - "Biophilia"

Par Scred | le 28/09/2011 | Les autres articles sur le Pop

Technorganique
Depuis quelques années, il était devenu difficile de suivre Björk dans ses expérimentations musicales… Profondément libre dans ses choix artistiques, l’artiste islandaise plus que jamais inclassable avait repoussé les limites de sa créativité au delà des frontières de cette galaxie au point d’avoir presque oublié le concept tellement XXème siècle d’un album composé de chansons. Le résultat, toujours intéressant au demeurant, se vivait intensément d’une manière intellectuelle mais oubliait quelque peu l’aspect plaisir lié à la musique.
Björk - "Biophilia" Loin de moi l’idée de critiquer la volonté de sortir du carcan « couplet-refrain-couplet », mais il faut bien admettre qu’il fallait s’accrocher aux branches pour pouvoir écouter d’une traite un album comme « Medùlla » (2004) avec sa réflexion sur les voix humaines ou même « Volta » (2007) et ses cuivres complexes. Mais voilà, lorsque l’on tient une artiste aussi passionnante et attachante que Björk, on ne la lâche pas et chaque nouvelle expérience tentée par la petite fée venue du froid mérite que l’on s’y attarde.

D’autant plus que cette fois-ci, l’attente était justifiée… « Biophilia » est probablement le premier concept album digne de ce nom des années 2000, pleinement ancré dans son époque dont il tire son thème principal (l’environnement) et dans les moyens d’expression utilisés par Björk pour véhiculer son art. Car « Biophilia » n’est pas qu’un disque, ce serait trop simple…

Pensé comme une rencontre entre technologie et musique, entre visuel et tactile, le travail de Björk fait appel à presque chacun des sens, l’odorat et le goût ayant été épargnés mais gageons que si l’artiste avait pu donner une saveur et une odeur à sa musique, elle ne s’en serait pas privée ! Composé de dix chansons, « Biophilia » nous propose une plongée dans la vision björkienne du monde, de la nature, au travers de titres aériens et envoûtants traitants du cycle lunaire (« Moon »), de la foudre (« Thunderbolt »), de la pluie (« Crystalline »), etc.

Les ambiances sont organiques, concrètes, délaissant l’électronique à tout crin pour privilégier le retour à des instruments sensuels au sens propre du terme, cordes, percussions, souvent inventés pour l’occasion par la fantasque islandaise qui semble avoir retrouvé l’envie de mélodies simples et accessibles. La voix de Björk elle même a évolué, devenant plus posée, moins irréelle a-t-on presque envie de dire. La belle n’a plus vingt ans et après une intervention chirurgicale au niveau de ses cordes vocales, son timbre est devenu plus mûr et en même temps plus émouvant…

Musicalement, « Biophilia » est donc une réussite totale, mais l’histoire ne s’arrête pas là… Tombée amoureuse de son iPad, Björk a voulu prolonger l’expérience auditive en y ajoutant une dimension visuelle et tactile au moyen d’un bouquet d’applications mises au point en collaboration avec Apple qui nous offrent la possibilité de vivre chacun des titres de l’album d’une manière inédite, mêlant interactivité, création graphique et musique. On touche littéralement la musique du bout des doigts et l’aspect inédit de la chose est à la fois excitant et passionnant sans jamais tomber dans le faux prétexte techno gadget.

Björk signe donc avec « Biophilia » une œuvre inattendue et profondément touchante de la part d’une artiste que l’on pensait perdue dans une galaxie lointaine, très lointaine… Son retour sur terre n’en est que plus réjouissant.
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