Big Brother And The Holding Company - "Live At The Carousel Ballroom 1968"

Par Scred | le 23/04/2012 | Les autres articles sur le Rock

Larmes Fatales
Qui se souvient aujourd’hui de Stan Owsley, dit « The Bear » ? Peu de gens, et c’est un tort. Il fût pourtant l’un des témoins privilégiés de l’âge d’or du rock américain des sixties en sa qualité d’ingénieur du son du Grateful Dead mais surtout, et c’est là l’aspect caustique de l’affaire, parce qu’il fournissait la plupart des groupes de la mouvance psychédélique en acide de sa propre composition, le bonhomme étant en premier lieu chimiste de formation. Etonnant non ?
Big Brother And The Holding Company - "Live At The Carousel Ballroom 1968" Comment un laborantin studieux à même de trafiquer des molécules complexes a pu devenir un freak capable de sonoriser l’un des groupes les plus ambitieux d’un mouvement éminemment expérimental (pour l’époque), cela restera un mystère… Il n’en reste pas moins que The Bear faisait partie de la famille étendue du clan de Jerry Garcia et qu’à ce titre, il fréquentait toute la clique des étoiles filantes de la côte ouest, les Quicksilver Messenger Service, Jefferson Airplane et bien sûr Janis Joplin et son Big Brother & The Holding Company…

Documentant méticuleusement chaque performance du Dead au travers de ce qu’il appelait ses « journaux soniques », il en profitait pour collectionner les enregistrements des petits frères, chauffeurs de salle de luxe pour le Mort Reconnaissant, sans trop avoir conscience du trésor qu’il amassait morceau après morceau… Ainsi donc, ce beau jour de juin 1968 que l’on imagine ensoleillé et parfumé au patchouli et à l’herbe fraichement manucurée, Owsley pose son matériel dans le Carousel Ballroom de San Francisco (pas encore rebaptisé Fillmore) pour enregistrer le concert de Big Brother And The Holding Company, deux mois avant la parution de « Cheap Thrills » et l’explosion du talent de Joplin à la face du monde.

Reparlons un instant de « Cheap Thrills »… Sept titres parfaits, l’un des meilleurs live de tous les temps, la pierre angulaire du rock californien des années 60, la révélation de l’une de plus grandes chanteuses de l’histoire de la musique, il en reste un peu, je vous le mets ? Qui n’a pas pleuré des larmes de sang en écoutant Janis chanter le blues comme une chatte qu’on écorche vive devant les yeux de ses petits ?

Et bien ce « Live At The Carousel Ballroom 1968 » qui nous intéresse aujourd’hui ne nous propose rien moins que de découvrir le reste des « frissons bon marché » qui nous manquaient jusqu’à aujourd’hui… Témoignage organique de ce que Big Brother And The Holding Company offrait à son public pendant cette période bénie des dieux du rock, cet album vient compléter les blancs de « Cheap Thrills », reprenant ses moments forts (« Combination Of The Two », « I Need A Man To Love », « Summertime », « Piece Of My Heart », « Ball And Chain »), avec quelques légères nuances (« Oh, Sweet Mary » apparaît ici dans sa version « Coo Coo ») et surtout apportant à l’édifice les pierres (précieuses) absentes depuis plus de quarante ans.

Ainsi, l’auditeur ébahi peut enfin découvrir les versions originelles de « Call On Me », plaidoyer déchirant où Janis offre son corps, son cœur et son âme, les classiques « Flowers In The Sun », « Light Is Faster Than Sound » ou encore « Down On Me », parfaite illustration de l’énergie positive qui transpirait de chaque note jouée par le groupe, sans parler de l’épuisant « I’m Mad (Mad Man Blues) », un jam de six minutes tellement cru qu’il donne l’impression d’être assis au premier rang…

On s’aperçoit également de la place réservée à Sam Andrew au chant, qui jongle avec la voix de Joplin d’égal à égal (alors que, hein ?) sur la presque totalité de l’album, ainsi que du talent fulgurant de James Gurley, guitariste anti héro préférant noyer ses notes dans un déluge de Fuzz plutôt que de tenter d’apparaître comme un virtuose (ce qu’il était, n’en doutons pas). Au final, ce disque n’a rien d’anecdotique, il est essentiel à la compréhension de l’œuvre de Janis Joplin, et au delà de toute une époque. Simplement magique.
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