Beth Hart and Joe Bonamassa - "Don't Explain"

Par Scred | le 05/10/2011 | Les autres articles sur le Soul

Hart and Soul
Qu’est-ce qui fait courir Joe Bonamassa ? En l’espace de deux ans, le garçon nous a offert pas moins de cinq albums, deux en solo (les excellents « Black Rock » (2010) et « Dust Bowl » (2011)), deux avec son groupe Black Country Communion et le petit dernier, « Don’t Explain », enregistré avec sa nouvelle égérie Beth Hart, nouvel espoir de la soul à la voix grave et sensuelle qui pourrait bien venir occuper la place laissée vacante par la regrettée Amy Winehouse.
Beth Hart and Joe Bonamassa - "Don't Explain" Toujours produit de près par l’homme des cavernes, l’incontournable Kevin Shirley qui semble devoir consacrer tout son temps au travail de Bonamassa, « Don’t Explain » est donc un exercice de style à quatre mains, une rencontre entre une voix d’exception et un guitariste que beaucoup considèrent comme le meilleur de sa génération, autour d’une collection de reprises sélectionnées au feeling par les artistes, sans contrainte de style ni d’époque.

C’est d’ailleurs cette volonté de briser le carcan des albums de reprises à sens unique qui donne à « Don’t Explain » tout son intérêt, en comparaison de tous les disques qui s’échinent à revisiter les trois King, Muddy Waters et autres Robert Johnson… L’esprit du blues n’est pas mort si jeune, quoi qu’en pense sir Eric Clapton ! Malgré tout, c’est par un titre de Ray Charles et BB King que débute l’album, le très sombre « Sinner’s prayer ».

Première constatation, Beth Hart compte bien jouer la partie à sa manière… Exit la contrition, les deux genoux à terre face au créateur, la jeune chanteuse envoie tout ce qu’elle a avec fougue et engueule littéralement notre père au plus haut des cieux qui aurait bien intérêt à lui pardonner ses péchés s’il ne veut pas en prendre une en retour ! La voix rauque et puissante de Hart évoque tour à tour Janis Joplin et Stevie Lange (Night), le tout délicatement souligné par un Joe Bonamassa tout en slide qui semble fasciné par sa trouvaille au point de se faire le plus discret possible.

Suit le très mécréant « Chocolate Jesus » de Tom Waits, une petite amusette sublimée par le tandem qui prend visiblement beaucoup de plaisir à être là où on ne l’attend pas… Joe Bonamassa se noie dans la reverb histoire de rendre l’affaire un poil plus dramatique et Beth Hart nous offre un final dantesque qui laisse l’auditeur pantois, se demandant quelle furie vient de lui traverser les tympans ! C’est le moment que choisit la belle pour vampiriser « Your heart is as black as night », le sublime morceau de Melody Gardot qui, privé de ses cuivres, donne à Joe Bonamassa l’occasion de transformer un jazz pluvieux en blues chair de poule. Tout simplement bluffant…

Mais pas autant que la version élevée aux hormones du « For my friends » de Bill « Ain’t no sunshine » Withers, qui voit Bonamassa monter le volume et changer un titre de pur soul en un rock puissant, à la limite du hard rock ! On aurait d’ailleurs adoré entendre la voix du guitariste new yorkais sur ce morceau mais, et c’est fort dommage, il ne prendra le micro que sur « Well Well », une reprise d’un classique country de Delanay Bramlett. L’intention de Bonamassa est claire, mettre en valeur le talent de Beth Hart sans jamais tirer la couverture à lui.

Ce qu’il fait admirablement sur « I’d rather go blind » d’Etta James (où il se fend cependant d’un solo d’anthologie) ou encore le « Ain’t no way » d’Aretha Franklin, faisant miauler sa guitare derrière la voix de Hart qui réussit le pari presque impossible de rendre un hommage vibrant à la Lady Soul en conservant son identité propre. Et c’est là la marque de fabrique de cet album, dix reprises où la jeunesse croise l’expérience en parfaite harmonie... Pari gagné donc et album indispensable !
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