Ben Harper - "Give till it's gone"

Par Scred | le 13/05/2011 | Les autres articles sur le Rock

Sans étiquette
Après un succès aussi fulgurant que justifié par la grâce de trois albums sublimes, le sainte trilogie « Welcome to the cruel world », « Fight for your mind » et « The will to live », le soufflé avait eu tendance à retomber pour Ben Harper à l’orée du deuxième millénaire, ainsi vont les modes… L’histoire était d’ailleurs un peu injuste, dans la mesure où l’homme a toujours mis un point d’honneur à renouveler sa musique à chaque album, passant d’un folk inspiré au gospel pour finir par mordre à belles dents dans un rock plus qu’efficace au risque de perturber légèrement son public initial, épris de ballades poétiques et de feu de camps fantasmés.
Ben Harper - "Give till it's gone" La sortie d’un nouvel album du fils naturel de Neil Young et de Bob Marley ne semble donc pas susciter la même effervescence qu’il y a quelques années, et c’est bien dommage car le bonhomme n’a rien perdu de sa superbe, comme en témoigne ce « Give till it’s gone » qui, s’il ne changera pas la face du monde, a au moins le mérite de contenir une belle brochette de chansons aux sonorités diverses, passant du rock vintage au funk seventies sans toutefois oublier de placer ici et là quelques morceaux délicats.

Ce qui pourrait être un défaut a d’ailleurs plutôt tendance à bien fonctionner… L’aspect hétéroclite de l’album qui peut choquer au premier abord finit par accrocher l’auditeur et évite la lassitude. Le choix de l’ordre des chansons n’y est certainement pas étranger. Démarrant par un « Don’t give up on me now » beaucoup plus léger que son titre aurait pu le laisser présager, Ben Harper change immédiatement de registre avec « I will not be broken », complainte où plane l’ombre d’un Peter Gabriel au mieux de sa forme, avant de balancer un « Rock n’ Roll is free » outrageusement pompé sur le « Rock n’ Roll Star» d’Oasis… Comme disait l’autre, les plus grands artistes sont toujours des pillards !

Le fan de la première heure retrouvera ses marques sur « Feel Love », une ballade classique comportant tous les ingrédients qui ont caractérisé la musique de Ben Harper au début de sa carrière mais qu’il (le fan) ne s’habitue pas trop vite, car l’enchaînement avec « Clearly Severly » risque de lui sembler brutal ! Sur une ligne de basse infernale, Ben Harper passe la quatrième et s’aventure dans un rock aérien qui pourrait donner des idées à pas mal de groupes anglais contemporains…

Et que dire du tandem « Spilling Faith »/ « Get there from here » ? Passant d’une ambiance furieusement sixties digne des Beatles à un rock psychédélique riche en guitares saturées toujours à la limite du feedback, Harper semble refuser de tracer une ligne directrice à son album et papillonne au gré de ses envies, quelles qu’elles soient, allant même jusqu’au funk moite sur « Waiting on a sign ». Et le résultat est plus que convainquant…

On ressort donc de cet album avec une impression mitigée, celle d’un disque fourre-tout sans véritable unité si ce n’est le plaisir indiscutable que l’on prend à écouter chacun de ses titres, sans jamais pouvoir décider lequel est le meilleur, lequel pourrait servir de single, ni même lequel pourrait définir l’identité musicale de Ben Harper en 2011. Et après tout, pourquoi pas ? Ben Harper est un musicien, point barre. Laissons les étiquettes aux supermarchés !
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