Bande Originale - "When you're strange"
Sauf que cette fois-ci, l’écoute de ce disque apporte son lot de surprises et permet pour la première fois d’effectuer une plongée plus intéressante que d’habitude dans l’univers des Doors, un groupe qui semble pourtant n’avoir plus aucun secret pour le grand public depuis le film très controversé d’Oliver Stone. C’est bien le problème de ces fameux biopics qui fleurissent de plus en plus, ils donnent l’illusion aux spectateurs qu’ils peuvent comprendre l’univers d’un musicien ou d’un groupe au travers d’une succession de faits romancés par un réalisateur, aussi talentueux soit-il. Et dans le cas des Doors, on est très loin du compte !C’est pourquoi le projet de Tom Dicillo apporte un petit quelque chose en plus… Montrant des images d’archives pour la plupart inédites (dont des extraits hallucinants du film « HWY : an american pastoral où l’on voit un Morrison méconnaissable errer dans le désert californien au volant d’une superbe Ford Mustang), « When you’re strange » se propose de ne nous montrer QUE les Doors et non pas leur vérité fantasmée. Seule incursion d’Hollywood dans l’affaire, la voix off de Johnny Depp qui habille le film de ses lectures de poèmes de Jim Morrison, judicieusement placées çà et là pour introduire le contexte d’une chanson, planter le décor d’une époque et souligner l’extrême sensibilité artistique d’un chanteur/auteur trop souvent ramené à son statut d’icône populaire déjantée et de sex symbol.
Et le plus étonnant, c’est que ce qui fonctionne à merveille dans le film avec le support des images marche également sacrément bien sur la bande originale (qui couvre quasiment l’intégralité du documentaire en terme de durée). Le choix des poèmes est pertinent et la voix de Johnny Depp incarne parfaitement la légèreté et la profondeur des pensées de Morrison, permettant ainsi à l’auditeur d’écouter un titre comme « Moonlight Drive » d’une manière différente après avoir pris connaissance de l’opinion de l’auteur sur « the spirit of music » (« l’esprit de la musique »).
De la même manière, il n’était pas superflu de rappeler l’origine de « Break on through (to the other side) » (présentée ici dans sa version épique du festival de Wight en 1970, quelques semaines avant la disparition du chanteur) avec la lecture du poème « The doors of perception » ou de profiter de l’ironie cinglante de Jim Morrison avec sa réflexion sur les gens « Dead serious » avant d’écouter « People are strange »…
Le choix des titres live est également passionnant, du « Roadhouse Blues » intense tiré des concerts de New York en 1970 aux premiers balbutiements des Doors à l’Ed Sullivan Show de 1967 avec la fameuse version non-censurée de « Light my fire », proposée dans une version au son d’époque qui joue la carte de l’immersion totale. Il faut cependant accorder une mention spéciale à la version de « When the music’s over » enregistrée lors d’un passage des Doors à la télévision danoise, un document bien connu des fans où l’on voyait le groupe entourer un Jim Morrison assis bien sagement sur un tabouret, un air timide sur le visage et le regard un peu perdu.
Cette image contraste tellement avec la bête de scène exubérante que tout le monde connait, le Roi Lézard dans toute sa splendeur, qu’elle pourrait bien être celle de la vérité de l’artiste… Un homme réservé et peu expansif, enclin aux excès pour lutter contre sa timidité, qui s’est construit une image de dieu grec afin de cacher à la face du monde ce qu’il était en réalité, un poète américain.
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