Band Of Skulls - "Sweet Sour"

Par Scred | le 22/02/2012 | Les autres articles sur le Rock Indépendant

Franchir la ligne blanche
A quelques exceptions près (The Libertines, The Dead 60’s), la musique que l’on désigne sous le nom d’indie rock est généralement manufacturée dans un garage obscur de l’autre côté de l’atlantique par un groupe de jeunes désœuvrés, élevés au biberon Sonic Youth ou Pixies avec un détour par le psychédélisme. Je sais, je généralise, et il doit y avoir un joli paquet de contre exemples, mais il n’empêche…
Band Of Skulls - "Sweet Sour" Ces dernières années, par l’entremise de petits génies tels que Jack White (The White Stripes, The Dead Weather) ou Josh Homme (Queens Of The Stone Age, Eagles Of Death Metal), le genre a connu un véritable essor pendant que la vieille Angleterre concentrait son attention sur une nouvelle scène plus classique même si tout aussi excitante emmenée par les descendants directs de la New Wave (Arctic Monkeys, Franz Ferdinand) et de la Brit Pop des années 90. Là encore, je schématise, mais c’est pour vous donner une idée d’ensemble.

Toujours est-il que les lignes semblent vouloir commencer à bouger, pour preuve ce « Sweet Sour » des Band Of Skulls, auteurs en 2009 du très prometteur « Baby Darling Doll Face Honey », un premier album pillé par a peu près tous les sound designers de séries et de films hollywoodiens (le tristement fameux « Twilight » en tête) qui débarquent aujourd’hui avec en bandoulière une jolie collection de larsens et dans la musette, quelques mélodies frisant la perfection !

Commençons par le bruit et la fureur, puisqu’enfin les Band Of Skulls en ont décidé ainsi en plaçant les titres les plus acérés au début de leur album, un choix pertinent qui scinde le disque en deux comme au bon vieux temps des concepts albums… Le morceau titre « Sweet Sour » ouvre le feu, reverb en tête, saturation indécente, et montée progressive de rigueur. On a peine à croire que ce son ait pu voir le jour dans le sud de la perfide Albion, c’est crade, ça tache et ça sent la zone industrielle de Detroit à plein nez !

Les voix de Russel Marsden (guitare) et Emma Richardson (basse) s’entremêlent naturellement et font mieux que de franchir la ligne blanche, elles la piétinent sur « Bruises », provoquant « a little trouble in your neighborhood » du plus bel effet, nous offrant du même coup l’un des meilleurs refrain de ce début d’année avant de décocher la flèche qui tue, en plein dans le mille avec « Wanderluster », single immédiat à l’impact évident.

« The Devil Takes Care of His Own » enfonce le clou sans complexe, violent et harmonieux, évoquant le son original des Kills avec un mélange de venin et de passion servi par un riff infernal qui laisse l’auditeur pantelant, dans l’attente d’un nouvel uppercut sonore… Sauf que non. « Lay My Head Down » change radicalement de registre et nous propose une douce rêverie typiquement anglaise pour le coup, un apaisement salutaire qui renforce l’agression de « You’re not Pretty But You Got It Goin’ On », vestige Zeppelinien sorti de nulle part qui vous prend à la gorge par surprise.

Dès cet instant, Band Of Skulls s’amusera à souffler le chaud et le froid du délicat « Navigate » qui semble vouloir décoller mais se retient jusqu’au bout au superbe et très McCartney « Hometowns », certainement la plus belle composition de l’album, en passant par « Lies », dernière ruade en direction de Jack White et consort histoire de bien expliquer à ces messieurs d’outre atlantique qu’ils n’ont pas l’apanage du boucan. Et sans crâner, ce serait le comble !
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