Bams - "On partira"

Par Scred | le 08/08/2010 | Les autres articles sur le Hip Hop | 2 commentaires
Mère supérieure
J’ai un souvenir très vif de ma première rencontre avec Bams
Bams - "On partira" Flashback en 1999, la Flèche d’Or organisait ce jour-là un festival pour soutenir l’action d’Amnesty International avec le groupe Assassin en tête d’affiche. Alors technicien vidéo au sein de la fameuse gare scénique, j’avais repéré pendant la préparation du concert une petite nana assise seule dans un coin, le visage dissimulé par un immense chapeau rouge vif, contrastant magnifiquement avec la peau de ses bras d’un noir chocolat amer.

Pas le temps de draguer quand on est roadie, d’autant plus que très naïvement je m’étais dit que la belle ne pouvait être que la petite amie de l’un des rappeurs présents le soir-même, je me suis donc concentré sur mon boulot tout en jetant quelques coups d’œil discrets dans sa direction de temps en temps.

Et puis la miss inconnue est montée sur scène au début du concert… Stupeur ! J’ai pu enfin apprendre son nom, Bams, et découvrir sa musique, un rap rageur aux paroles directes et complexes, à des kilomètres des « ouaiche gros » qui commençaient à polluer le petit monde du rap français de l’époque. L’album « Vivre ou mourir » venait de sortir et allait me convaincre que cette fille avait un truc en plus, un immense talent d’écriture soutenu par une violence « libératrice » et une vraie sincérité dans l’exécution de son art.

Sur ce disque figurait une chanson intitulée « 2010 », une projection pessimiste où Bam’s écrivait « On expatrie, rapatrie ma mère sans que quiconque ne délibère, elle embarque dans le charter, remarque le nombre de basanés qui suit derrière » car en plus de voir juste, elle voyait loin.

Dix ans plus tard, nous avons survécu jusqu’en 2010 et Bams aussi malgré tout. De la révolte de la jeunesse, elle n’a conservé que l’intonation et nous livre aujourd’hui un mini-album autoproduit aux paroles toujours aussi travaillées mais à l’ambiance beaucoup plus apaisée.

D’ailleurs, peut-on encore parler de rap ? Pas sûr. Bams chante, part en slam, égrène ses nouveaux poèmes sur des rythmes latino (« Bella », produit par Imothep), jazzy (« Marie Jo »), funky (« Evolution ») et même rock sur le morceau titre « On partira », seule réminiscence du style originel de la jeune femme.

Décidément inclassable, Bams a donné la vie et se pose des questions sur la mort, vit sa maternité avec curiosité et réalisme sur un « Baby Blues » au son étrange, sorte de drum n’ bass à la sauce acid-jazz où elle analyse posément sa condition et les changements de sa vie en évitant les clichés du genre.

Alors bien sûr, elle ne rentre pas dans les cases du hip-hop à la mode, faut pas lui parler de » bling bling » ou de vocalises R n’B larmoyantes (et pénibles), ce n’est pas le style de la maison. Du coup, elle fait son truc dans son coin à l’écart des médias et c’est bien dommage car sa musique a tout ce qu’il faut pour plaire aux gens dont les oreilles sont encore connectées au cerveau.
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