Arctic Monkeys - "Suck it and See"

Par Scred | le 21/05/2011 | Les autres articles sur le Rock Indépendant

Singes savants
Le quatrième album des Arctic Monkeys était attendu avec une certaine fébrilité par les fans comme par la critique… Le très jeune meneur de revue du groupe de Sheffield, Alex Turner, ayant eu tendance à se disperser au travers de divers projets alternatifs ces dernières années, de la bande originale de « Submarine » aux Last Shadow Puppets, on aurait pu craindre une légère baisse de créativité de sa part, après tout, à force de pondre des merveilles, la source peut finir par tarir. Autant vous cracher le morceau sans attendre, ce n’est pas encore pour tout de suite…
Arctic Monkeys - "Suck it and See" Le dernier album en date des Arctic Monkeys (« Humbug » en 2009) avait amorcé une nette tendance à l’accalmie après deux disques composés de titres nerveux aux mélodies accrocheuses, « Suck it and see » continue donc dans la même voie, privilégiant des morceaux simples au tempo modéré, mettant en valeur la voix d’Alex Turner ainsi que la qualité des compositions, délaissant définitivement le rock indé qui était la marque de fabrique des singes de l’arctique pour se tourner vers une brit pop plus proche des meilleurs moments de Blur, à quelques exceptions près. (« Library Pictures »)

« Suck it and see » n’est pourtant pas une collection de ballades, loin de là… « She’s Thunderstorms » qui ouvre l’album donne la tonalité générale, des guitares efficaces dont la mission principale est de soutenir les parties vocales, une basse omniprésente et une mélodie harmonieuse, immédiatement mémorisable, qui séduit tant par sa qualité d’écriture que par l’envie irrésistible de la fredonner après la première écoute.

« Black Treacle » enfonce le clou avec ses faux airs Dylaniens (« Just like a woman » n’est pas très loin) et ses gimmicks de guitare presque comiques. Les Monkeys nous attendrissent le tympan avant de retourner au garage histoire de voir si quelqu’un n’aurait pas laissé la lumière allumée (« Brick by brick »), petite zone d’ombre avant le retour du soleil sur « The Hellcat spangled Shalalala », une bluette pas si gentille que cela à bien y réfléchir.

Les Arctic Monkeys vont d’ailleurs s’amuser à ce petit jeu du chat noir et de la souris blanche tout au long de l’album, passant de l’oppressant « Don’t sit down ‘cause I’ve moved your chair » à de purs moments de détente comme le délicat « Reckless Serenade », « Piledriver Waltz » déjà paru sur la bande originale de « Submarine » qui pourrait prétendre au titre de meilleur refrain de l’année ou encore l’envoûtant « Love is a laserquest » déroutant de maturité qui doit beaucoup aux ambiances mélanco-poétiques des Smiths.

Maturité, c’est le maître mot. Devant la lourdeur manifeste de nombre de leurs aînés, les Arctic Monkeys démontrent avec une facilité presque insolente à quel point le rock anglais peut encore donner naissance à des chansons à la fois légères et profondes, à des mélodies simples sans jamais être simplistes, sans puiser leur inspiration dans de sempiternelles références usées jusqu’à la corde. « Suck it and see » est un album moderne, enregistré par un groupe moderne qui réalise jusqu’à aujourd’hui un sans faute qui force le respect. Et le meilleur dans tout cela, c’est que ce n’est encore que le début…
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