Anna Calvi - "Anna Calvi"

Par Scred | le 03/02/2011 | Les autres articles sur le Rock Indépendant

Twin Picks
Tout le monde parle d’Anna Calvi en ce moment… Les uns pour dire que c’est une Chris Isaak au féminin, les autres pour affirmer que nous sommes en présence d’une nouvelle Patti Smith, bref, comme d’habitude tout le monde raconte n’importe quoi. C’est fatiguant au bout d’un moment, apprenez votre métier les enfants ! Non, tout ceux qui utilisent de la reverb sur une guitare en son clair ne sont pas des émules du chanteur de « Blue Hotel » et toutes celles qui ont un peu de personnalité et une voix grave ne marchent pas sur les traces de Patti Smith !
Anna Calvi - "Anna Calvi" Bon, soit, il y a quand même quelque chose dans le timbre de la voix d’Anna Calvi qui peut éventuellement rappeler miss Smith… Mais la comparaison s’arrête là ! La musique de la nouvelle coqueluche de Télérama évolue dans un univers radicalement différent, très original et bougrement intéressant. Si on devait la comparer à quelqu’un, ce serait plutôt à Angelo Badalamenti, le compositeur fétiche de David Lynch. Anna Calvi, armée de sa Telecaster et d’une foule d’autres choses, pratique en effet une musique à fort potentiel cinématographique…

Prenez « Rider to the sea », le titre qui ouvre ce premier album avec une certaine audace puisqu’il s’agit d’un instrumental. On sent bien que la demoiselle a une idée derrière la tête, qu’elle veut poser une ambiance dès le départ, nous faire comprendre qu’un album c’est autre chose qu’une collection de singles. Et ça marche. La guitare est noyée de reverb, perdue quelque part sur une « lost highway » inconnue et nous transporte immédiatement dans un univers à la fois hostile et envoûtant.

Vient ensuite « No more words », une complainte aux accents tex-mex, assez étonnante de la part d’une anglaise pur jus qui évoque immédiatement la moiteur de la musique de Tito et Tarentula, l’élégance et la sensibilité en plus. On a chaud et froid en même temps, partagé entre la délicatesse de l’interprétation et la tension sourde qui couve pendant toute la chanson, matérialisée par le roulement d’un tambourin qui résonne comme un serpent à sonnettes prêt à mordre.

Mais il faut attendre « Desire » pour sentir les crocs de la bête se refermer sur notre peau… C’est qu’elle a de la voix, Anna Calvi. Une voix claire et sombre à la fois, grave et puissante, parfaitement mise en valeur par le tempo martial de la chanson qui porte admirablement bien son titre. Et ce n’est que le début… Sur « First we kiss », elle nous emmène très loin, sur une plage oubliée des sixties où le temps s’est arrêté pendant la diffusion d’un épisode de la quatrième dimension, avant de nous asséner « The Devil », un morceau où Jeff Buckley télescope « Le Clan des Siciliens » (si si, c’est possible) qui laisse l’auditeur sur le carreau, avant de réchauffer l’atmosphère avec un « Blackout » d’une justesse qui frôle la perfection.

Et c’est à ce moment où tout semblait rentrer dans l’ordre qu’Anna Calvi dégaine le terrifiant tandem « I’ll be your man »/ « Morning Light », petits bijoux de torpeur qui ont dû faire regretter au Legendary Tiger Man de ne pas avoir sollicité la présence de la jeune anglaise sur son album de duos féminins. Encore cette guitare enivrante et fantomatique, encore cette voix trop belle pour être honnête, encore cette ambiance en décalage complet avec la mode du moment… Encore gagné.

Donc, comme je le disais plus haut, tout le monde parle d’Anna Calvi en ce moment. Laissez-moi vous dire un truc, pour une fois, tout le monde à raison. Disque du mois, haut la main.
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