Angus & Julia Stone à la Cigale - 28/11/10

Par Scred | le 29/11/2010 | Les autres articles sur le Folk

Freaks Brother & Sister
Pour la petite histoire, je voudrais ici solennellement remercier monsieur et madame Stone… C’est décidément un beau cadeau qu’ils nous ont fait avec Angus et Julia, et je ne suis d’ailleurs pas le seul à le penser puisque ce soir, la Cigale est pleine à craquer de gens venus d’horizons divers pour applaudir les deux australiens, encore inconnus il y a un an à peine et qui se payent le luxe aujourd’hui d’afficher complet à chacun de leur passage dans la capitale !
Angus & Julia Stone à la Cigale - 28/11/10 Mais ne nous précipitons pas… Il serait injuste, une fois n’est pas coutume, de passer sous silence le groupe qui assure la première partie du spectacle. J’ai l’habitude de râler sur les premières parties, des groupes trop souvent mis en avant par la maison de disque histoire de donner un coup d’accélérateur à leur carrière et qui, il faut bien l’avouer, ennuient plus souvent qu’ils ne chauffent la salle.

Mais ce soir, nous avions affaire à une exception. Moddi est un groupe norvégien emmené par le chanteur/accordéoniste Pål Moddi Knutsen, un jeune homme au charisme évident et au talent en devenir. Une petite demi-heure lui aura suffi pour conquérir le public avec sa folk atmosphérique, nourrie d’influences scandinaves dans l’instrumentation comme dans les déraillements vocaux chers à une certaine Björk… Le premier EP du groupe s’intitule « Rubbles » et croyez-moi, on risque d’en entendre encore parler !

Une belle découverte donc, qui ne doit cependant pas nous faire oublier pourquoi nous sommes là…

Et ça tombe bien, Angus & Julia Stone montent justement sur la scène décorée pour l’occasion comme un appartement kitsch avec papier peint, cadres sur le mur et guirlandes lumineuses, elle drapée dans une robe de dentelle blanche et lui hirsute, le cheveu fou et la barbe lui dévorant le visage, dans la plus pure image des freaks en provenance directe d’une communauté oubliée depuis la fin des sixties. Un look pareil, ça ne s’invente pas, ça se vit tout comme le frère et la sœur vivent cette musique pleine de grâce et d’élégance qui est la leur.

Histoire de se mettre en condition, le tandem entame « Santa Monica Dream » et la salle retient son souffle… Si une mouche se décidait à voler à ce moment précis, on l’entendrait depuis l’extérieur ! Le recueillement est total et le public respire littéralement la mélodie simple et aérienne portée par la voix à la fois forte et fragile de Julia Stone. C’est d’ailleurs elle qui focalise toute l’attention, la grande sœur qui couve son frère d’un regard bienveillant, elle qui passe de la guitare au piano, qui joue un solo de trompette d’une seule main sur « Private Lawns », et qui prend tout le monde par surprise en reprenant seule le « You’re the one that I want » de Grease, en évitant de justesse le fou rire lorsqu’un spectateur audacieux lui répond que c’est réciproque !

Il est par ailleurs étonnant de constater que la douce tristesse et la mélancolie qui habitent les albums d’Angus & Julia Stone disparait sur scène pour céder la place à une joie simple et vraie, sur des titres comme « Yellow Brick Road », « Black Crow » ou encore « For you ». Et si la setlist fait la part belle au dernier album du duo australien « Down the Way », avec les hits en puissance que sont « Big Jet Plane » ou encore « And the Boys », ils n’en n’oublient pas pour autant de chanter quelques perles issues de leurs albums solo respectifs, « The Milky Way » pour Angus et « Where does the love go » pour Julia…

C’est d’ailleurs sur ce titre qu’Angus & Julia Stone concluent leur prestation avant de revenir un bref instant pour une reprise chargée d’émotion de « Over the Rainbow », laissant le public abasourdi par tant de délicatesse et de classe, comme dans un rêve.

Je sors de la Cigale et quelques flocons de neige accompagnent ma route jusqu’au métro, comme un rappel de la légèreté de la musique que je viens d’entendre et je suis bien emmerdé, au fond de moi. Comment décrire avec des mots ce qui s’apparente plus à de l’émotion pure ? Je relis cette chronique et le résultat est bien loin de me satisfaire mais tant pis. Angus & Julia Stone reviennent nous voir en avril prochain au Trianon si toutefois ils ne décident pas d’aller s’exiler dans le bush histoire de faire une pause dans leur vie de plus en plus mouvementée, peut-être d’ici là aurais-je trouvé l’inspiration… Seule certitude, eux n’en manqueront pas.
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