Amy Winehouse - "Lioness: Hidden Treasures"
Terrible Jungle
Alors que la dépouille d’Amy Winehouse n’est pas encore froide, voici que nous arrive à point nommé pour les fêtes de Noël le premier album posthume de la diva anglaise… Je dis premier mais il pourrait bien être le seul, si l’on fait exception des quelques lives qui, n’en doutons pas, finiront bien par être déterrés par la maison de disque. Pourquoi tant de haine ? Messieurs d’Universal Island, je vous retourne la question.
Pourquoi, en effet, nous offrir (façon de parler) cet album en guise de testament d’une artiste aussi passionnante qu’Amy Winehouse ? Tant le « Michael » publié dans les mêmes circonstances après la disparition du King of Pop pouvait avoir quelques arguments à faire valoir pour nous faire tendre l’oreille, tant ce « Lioness : Hidden Treasures » porte mal son nom.Tout le talent d’Amy Winehouse résidait dans sa manière de rendre actuelle une musique supposément démodée, tout comme ont réussi à le faire par la suite des filles comme Melody Gardot ou plus récemment Selah Sue. Certes, on adore la soul des sixties, mais ce qui différenciait notre lionne de ses illustres aïeules, c’était justement cette façon de faire se rencontrer Lauryn Hill et Nina Simone dans le même lit et que le résultat soit excitant.
Or cet album nous propose exactement le contraire… Composé de prétendus inédits, on y retrouve quelques versions primitives de certains titres qui firent la gloire d’Amy Winehouse (« Valerie », « Wake Up Alone », « Tears Dry ») qui ont malgré tout le mérite de démontrer que le changement d’orientation musical de la belle fût essentiel dans le carton monumental de « Back To Black ». Si ces chansons étaient restées en l’état, il y a fort à parier que l’on aurait jamais entendu parler d’elle.
Le reste de l’album se partage entre reprises inégales (de l’insupportable « Girl from Ipanema » qui donne envie de rayer le Brésil de ses destinations de voyage à une très bonne version de « Will You Still Love Me Tomorrow » qui rappellera des souvenirs aux fans de la bande originale de « Dirty Dancing »), collaborations hétéroclites allant de l’assommant duo avec Tony Bennett (« Body And Soul ») à l’un des seuls titres à sauver sur ce disque, l’enthousiasmant « Like Smoke » enregistré avec Nas, et chutes de studio pour la plupart ennuyeuses à mourir, ce qui explique qu’elles soient restées dans les cartons jusqu’à aujourd’hui.
Citons tout de même « A Song For You », une belle version du titre des Temptations qui clôt l’album, où l’on peut retrouver une parcelle de l’âme de celle qui mit le monde à genoux du haut de sa choucroute indécente… Bilan, trois chansons intéressantes sur douze titres, c’est peu et ça ne justifie pas un achat, encore moins un cadeau de Noël qui risque fort de se retrouver sur eBay après une écoute. Mais surtout, c’est un bien piètre hommage rendu à l’une des artistes marquantes de ce début de XXIème siècle.
Alors de deux choses l’une, soit il reste des titres originaux non aboutis que les producteurs n’ont pas eu le temps de finir dans les délais pour assurer une sortie au moment des fêtes et dans ce cas, on peut comprendre l’opération commerciale, soit nous en sommes en présence du meilleur de ce qui reste de l’héritage d’Amy Winehouse et alors là, c’est bien triste… Terrible jungle du show business, la lionne est morte de nouveau ce soir.
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