Alain Bashung : 1947 - 2009

Par Scred | le 15/09/2009 | Les autres articles sur le Pop

Résident et vil
Je n'ai jamais été un grand fan de Bashung... Il était déjà vieux quand j'étais jeune, un peu comme Lavilliers ou Thiéfaine, trop obscur et trop torturé.
Alain Bashung : 1947 - 2009 Alors, " Osez Joséphine " bien sûr, lorsqu' hennissent les chevaux du plaisir à grands coups de slide, " Vertige de l'amour " comme un vague souvenir d'enfance, ou encore " Ma petite entreprise " si justement ancrée dans son époque avec son break reggae sorti de nulle part. Toujours eu un grand respect pour le personnage cependant, pour sa tronche de rockeur, sa voix étrange et unique et ses engagements militants toujours sains... Mais ça s'arrêtait là.

Alors pourquoi je me sens vide d'un seul coup en apprenant sa mort ? Pourquoi est-ce que j'éprouve le besoin de mettre " Bleu Pétrole ", son dernier effort, sur ma platine ? C'est ça la fascination morbide ? Peut être. Besoin de faire résonner cette voix à l'infini. Besoin de faire fuir les images de son agonie annoncée, ce décalage entre la pochette en noir et blanc où il apparaît grisonnant, vivant, et celles en couleur vomies par la télévision où on le voyait chauve, faible, puis de plus en plus maigre aux victoires de la musique. Besoin d'exorciser ce qui nous attend tous.

Donc " Bleu Pétrole " ? C'est tout de même incroyablement fort de finir sa carrière sur un disque pareil... Comme chant du cygne, on peut difficilement faire mieux. Coécrit avec Gaëtan Roussel (Louise Attaque) qui impose sa marque immédiatement reconnaissable, ce disque sonne résolument actuel. Outre le titre phare " Résidents de la République ", une chanson que le président Sarkozy ne doit pas écouter tous les jours, on notera " Je t'ai manqué " (réminiscence évidente de la Louise), le spleen sublime de " Tant de nuits ", " Hier à Sousse " d'une modernité confondante, tout comme le très rock " Je tuerai la pianiste ". Autre acteur majeur de cet album, Gérard Manset qui y signe trois titres (" Vénus ", " Comme un lego " et " Il voyage en solitaire ", une chanson qu'il avait déjà enregistré lui-même) à la poésie plus trouble mais tout aussi efficace. Petite perle, Bashung habitué habité des reprises classieuses se fend d'un " Suzanne " francisé, emprunté à un Léonard Cohen plus que consentant. Requiem pour un bon ce " Bleu Pétrole " ? Sans doute.

On ne se rend vraiment compte du manque que laissent les vivants que lorsqu'ils ont disparu. Alain Bashung nous laisse donc orphelins d'une certaine manière de faire de la musique, très loin des plans de carrière et des stratégies marketing. Que l'on aime ou pas sa musique, il nous manquera comme nous manque chaque petite parcelle de liberté et d'originalité dans le marasme culturel qui nous entoure. Alain Bashung n'était pas à vendre car il donnait beaucoup. " Et voilà le miracle en somme, c'est lorsque la chanson est bonne, car c'est pour la joie qu'elle lui donne, qu'il chante la terre "
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